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Publié le
Lundi 16 Octobre 2017
France Stratégie vient d’être saisi d’une nouvelle mission : analyser les transformations du travail liées au développement de l’intelligence artificielle et établir des scénarios prospectifs.
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Un nouveau chantier s’ouvre. La ministre du Travail et le secrétaire d’État au numérique viennent de confier une mission à France Stratégie. Il s’agit d’anticiper les impacts de l’intelligence artificielle sur le marché du travail. Une mission qui répond à la volonté du gouvernement de « faire de l’intelligence artificielle une priorité ». En quoi s’inscrit-elle dans les champs de compétences et les métiers de France Stratégie et comment va-t-elle s’articuler avec la mission confiée à Cédric Villani ? Les réponses de Salima Benhamou, spécialiste des mutations du travail au département Travail, emploi, compétences, et Julia Charrié, spécialiste de l’économie du numérique au département Développement durable et numérique, à France Stratégie.

Pourquoi ce travail de réflexion est-il confié à France Stratégie et en l’espèce à deux départements ?

Salima Benhamou : Anticiper l’avenir du travail est une des missions essentielles de France Stratégie, notamment pour s’assurer que la société de demain soit la plus inclusive possible. On sait que les mutations socioéconomiques et les mutations technologiques – notamment l’intelligence artificielle – vont transformer en profondeur le travail de demain. Toute la question est de savoir comment !

Nous avons déjà publié toute une série de travaux sur les transformations du travail. Nous avons par exemple imaginé plusieurs scénarios d’évolution d’organisation du travail à horizon 2030 avec un focus sur les secteurs de la santé et des services à la personne qui seront des gisements d’emploi importants. Nous avons également travaillé sur l’impact de l’automatisation sur l’emploi ou comment la machine ne va pas forcément tuer le travail ! Ou encore sur l’évolution du statut des travailleurs indépendants impactés par l’arrivée et la multiplication des plateformes. La mission qui vient de nous être confiée s’inscrit donc dans le prolongement naturel de nos travaux.

Julia Charrié : Même constat du côté de mon département. Le sujet est au cœur de nos travaux. Je pense notamment au cycle de débats Mutations sociales, mutations technologiques, à celui sur les Smart Cities, ou encore à la note sur le véhicule autonome. Mais pour nous, cette saisine prolonge surtout les travaux engagés dans le cadre de la stratégie nationale en intelligence artificielle (IA) dont France Stratégie est partie prenante. Ces premiers travaux marquent un vrai « moment ». Ils ont mobilisé toute la communauté. Et c’est à leur suite que le Président Hollande a demandé à ce qu’ils soient poursuivis et approfondis. Concrètement, nous avons pris en charge avec le CNNum [Conseil national du numérique] un groupe de travail sur les impacts économiques et sociaux de l’intelligence artificielle. Un sujet vaste sur lequel nous avons pu recueillir les avis de toutes les parties prenantes. Là, le périmètre de la mission est plus resserré. Il s’agira d’être plus concret, de formuler des recommandations en les étayant notamment avec du benchmark et des études sectorielles.

Ce qui en tout cas est acquis pour les commanditaires, c’est que l’intelligence artificielle constitue un enjeu sur le plan scientifique et social. C’est à ce double titre finalement que France Stratégie est identifié comme un acteur légitime. Et c’est aussi cette transversalité du sujet qui justifie le copilotage de la mission par nos deux départements.

Comment le travail va-t-il s’organiser concrètement ? Et quel « produit » est attendu in fine ?

Salima Benhamou : II y aura évidemment du travail de réflexion en interne, capitalisé sur nos travaux précédents, mais nous allons aussi beaucoup auditionner, des représentants des entreprises, des observatoires de branche, des fédérations professionnelles, des partenaires sociaux…, des experts en intelligence artificielle bien sûr et des professionnels dans les secteurs que nous allons étudier de plus près : les praticiens en santé par exemple, du médecin à l’aide-soignant. L’objectif sera d’observer au plus près l’impact de l’intelligence artificielle sur l’organisation du travail, le contenu des tâches et les relations sociales.

Julia Charrié : Les ministres nous ont explicitement demandé d’établir des scénarios prospectifs de transformation du travail liée au développement de l’intelligence artificielle. Rien n’est fait mais a priori deux trajectoires sont à explorer : celle dessinée par une diffusion progressive de l’intelligence artificielle qui laisse le temps aux organisations de s’adapter et d’en tirer pleinement profit, et le scénario disruptif dans lequel au contraire les entreprises et les organisations sont prises de court. Tout l’enjeu ici c’est d’élaborer des scénarios probables par secteur parce que les impacts de l’IA ne seront évidemment pas les mêmes dans la santé, le transport, les services à la personne ou la banque ! D’où le choix de l’approche sectorielle et d’un panel de secteurs représentatif de leurs différences en termes d’environnements règlementaire et concurrentiel, de perméabilité à l’innovation, de contexte social et culturel ou d’organisation du travail.

Comment la mission de France Stratégie va-t-elle s’articuler avec celle confiée à Cédric Villani ?

Julia Charrié : Nous allons travailler en bonne intelligence, notamment sur les auditions. Cela dit, si les deux missions sont simultanées, celle confiée à Cédric Villani a un périmètre plus large et un calendrier plus long. Elle doit proposer des mesures de politiques publiques pour que la France tire parti de la révolution numérique. Nous nous situons, nous, sur un périmètre plus spécifique.

Et pour vous, quel est le calendrier justement ?

Salima Benhamou : Nous avons deux échéances. La première en novembre, date à laquelle nous devons rendre un document intermédiaire que nous mettrons en discussion avec toutes les parties prenantes. Quant au rapport final, il sera remis mi-décembre aux deux ministres commanditaires.

Propos recueillis par Céline Mareuge, journaliste-web

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