Publié le lundi 31 mars 2014
La pratique sportive régulière des Français en baisse : quelles pistes d’action publique ?
La pratique sportive régulière des Français en baisse : quelles pistes d’action publique ?
Par Marie-Cécile Naves, chargée de mission au département des Questions sociales au Commissariat général à la stratégie et à la prospective.

Les Français sont moins nombreux à pratiquer une activité sportive régulière qu’il y a 4 ans, selon une enquête Eurobaromètre qui vient de paraître. En 2009, ils étaient 48%, parmi les individus de 15 ans et plus, à déclarer faire du sport au moins une fois par semaine ; ils ne sont plus que 43% aujourd’hui (moyenne européenne : 41%, inchangée).

Si la France est au même niveau que les Allemands (48%) ou les Britanniques (46%), elle se situe loin derrière les Suédois (70%), les Danois (68%), les Finnois (66%) et les Néerlandais (58%).

Tout aussi inquiétant : 42% des Français (+8 points depuis 2009) déclarent ne jamais faire de sport, surtout les demandeurs d’emploi, les retraités, les ouvriers et les femmes (et hommes) au foyer (chiffre le plus élevé : 65%). La régularité de la pratique continue aujourd’hui d’augmenter avec le niveau de diplôme ou de revenus.

Quant à l’activité physique (jardinage, marche ou vélo pour les trajets quotidiens, etc.), 29% des Français n’en font jamais (moyenne européenne : 30%) et 51% disent en faire au moins une fois par semaine (moyenne européenne : 48%).

Est-ce à dire que les messages d’incitation des pouvoirs publics sont sans effet ? En fait, cette évolution témoigne moins d’une mauvaise volonté de la population française que de difficultés concrètes de pratique. Si 55% des Français disent faire du sport pour leur santé ou leur forme, le manque de temps est, de très loin, le principal facteur évoqué pour expliquer l’absence de pratique sportive : il est mentionné par 42% des Français (43% en 2009), 24% évoquant un manque de motivation.

En réalité, malgré de gros progrès ces dernières années, l’offre sportive, en France, n’est toujours pas adaptée à la pratique de masse non compétitive.

Ainsi, 74% des Français (moyenne européenne) qui pratiquent un sport le font en dehors de tout cadre (chiffre qui a beaucoup augmenté depuis 2009 où il était de 52%) : dans un parc ou une forêt (42% contre 52% en 2009), chez eux (27% - chiffre inconnu en 2009 -), sur le chemin du travail ou de l’école (16% contre 26% en 2009) , 5% dans un club de fitness (2% en 2009) et seulement 24% dans un club ou un centre sportif (chiffre inchangé depuis 2009).

Cibler le monde du travail, les femmes, les classes populaires et les seniors ; miser sur l’aménagement de l’espace public ; impliquer le monde médical

Dès lors, les propositions formulées dans les deux notes d’analyse publiées par le Centre d’analyse stratégique en 2011 et 2012 demeurent d’actualité.

En premier lieu, il faut davantage garantir la possibilité de pratique sportive pendant les heures de travail, qui permet de pallier en partie le problème du manque de temps : parmi les Français pratiquant un sport, 17% déclarent le faire sur leur lieu de travail (contre 13% en 2009, cette progression - qui a augmenté en moyenne de 5 points dans l’UE -, encore faible, étant encourageante). Or on sait mesurer aujourd’hui les effets d’une pratique sportive régulière dans le cadre professionnel : diminution de l’absentéisme pour raisons de santé (notamment la dépression), augmentation de la capacité de travail, bien-être. Ces résultats sont importants dans un contexte d’allongement de la carrière professionnelle et de flexibilité de l’emploi.

La prise de consciente récente – mais réelle – du CNOSF, du ministère des Sports et du MEDEF devrait déboucher sur des améliorations en la matière. Trois leviers sont identifiables : sensibilisation des employeurs, des employés et de leurs représentants ; évolution de l’offre sportive adaptée à tous les profils de salariés (rompre avec le modèle du « sport corpo » au profit du sport plaisir et détente) ; développement de politiques globales de management, notamment en faveur des seniors. Des programmes peu coûteux et souples existent, sans qu’il soit nécessaire de créer une salle de sport dans chaque organisation. L’intégration progressive, dans la RSE, du sport à des fins de santé et de bien-être est une piste essentielle.

Le deuxième point concerne les femmes : elles font toujours moins de sport que les hommes (61% d’entre elles déclarent faire jamais ou rarement du sport contre 54% des hommes ; les chiffres sont respectivement de 55 et 44% concernant l’activité physique). Le fossé se creuse à l’adolescence en raison d’un stéréotype selon lequel le sport est inhérent à la construction identitaire et physique des garçons. A l’âge adulte, les femmes ont encore un temps quotidien plus contraint que celui des hommes (écart d’1h30 par jour dans les tâches domestiques et parentales).

Le troisième point est la sensibilisation des classes populaires, moins sportives que les autres. Certains individus, dans le cadre de leur profession, produisent un effort physique qui les décourage de faire du sport après leur journée de travail. Les demandeurs d’emploi pourraient faire l’objet d’un accompagnement spécifique, par exemple via un bénévolat adapté ou une sensibilisation par les organisations de retour à l’emploi.

Le quatrième point concerne l’aménagement de l’espace public urbain et rural (parcours de marche et de jogging, multiplication des pistes cyclables) et l’accessibilité des infrastructures sportives. Les Français sont très nombreux (88%, parmi les scores européens les plus hauts) à dire qu’il existe des installations sportives disponibles à côté de chez eux, mais les horaires sont souvent inadaptés aux gens qui pâtissent de longs trajets domicile-travail. La réflexion sur la territorialisation et la gouvernance locale des politiques sportives doit être poursuivie.

Enfin, le lancement, à grande échelle, d’un programme de définition des bonnes pratiques en médecine de ville permettant d’intégrer l’activité physique dans le traitement de certaines pathologies doit se concrétiser : le « sport sur ordonnance » se développe mais encore trop timidement. Or le monde de la santé doit être plus mobilisé, en particulier vis-à-vis des publics sédentaires.