Publié le jeudi 04 février 2016
Mutations technologiques, mutations sociales
Mutations technologiques, mutations sociales
lundi 08 février 2016
Les avancées numériques et les transformations sociales résultantes ou motrices de ces innovations suscitent enthousiasme, débats et controverses, tant sur leur portée que sur les opportunités ou les risques qu’elles recèlent. Pour éclairer ces questions, France Stratégie organise avec l’EHESS et Inria un cycle de débats mensuels Mutations technologiques, mutations sociales. Ce cycle propose d’instaurer un dialogue entre experts, suivi d’un débat engagé librement avec des personnalités de la décision publique, de la recherche, du monde associatif ou économique, spécialistes de ces sujets.

La prochaine rencontre, « La relation médecin-patient à l’ère des objets connectés », sera introduite par Sylvie Fainzang, anthropologue, directrice de recherche à l’Inserm, et Bruno Sportisse, directeur général adjoint, chargé de la stratégie numérique, de Thuasne, leader européen des textiles techniques médicaux.

À l’ère de la démocratie sanitaire, où le droit du patient à l’information est non seulement défendu, mais encore garanti par la législation, le patient ne reçoit pas forcément toute l’information qu’il désire, et réciproquement, il ne consent pas toujours, lui-même, à donner toutes les informations aux médecins. Avec le développement des capteurs et des objets connectés permettant de façon croissante d’avoir des diagnostics à distance ou des autodiagnostics, comment le secteur de la santé va-t-il évoluer ? Comment peut-il s’adapter ? Comment les relations entre patient et médecin seront-elles modifiées ?

Cette séance abordera les thématiques suivantes :

  • la relation médecin-patient, l’information fournie au patient mais aussi l’information fournie par le patient au médecin ;
  • la transformation numérique d’une entreprise et le développement des objets connectés ;
  • les transformations que peuvent induire les objets connectés dans le système de santé, en particulier concernant la relationmédecin-patient, la question de l’autonomie du patient et ses limites.Les intervenants

Les intervenants

Sylvie Fainzang est anthropologue, directrice de recherche à l’Inserm et membre du Cermes3 (Centre de recherche médecine, sciences, santé et société). Elle est spécialisée en anthropologie de la maladie et titulaire d’une habilitation à diriger des recherches de l’EHESS. Après ses premiers travaux sur un terrain ouest-africain, elle a porté son attention sur la société française, où elle travaille depuis plus de vingt ans. Ses thèmes de recherche récents ou actuels recouvrent les dimensions sociale et culturelle des comportements face à la santé et à la maladie, les usages sociaux des médicaments, les normes et déviances dans le champ de la santé, l’information du patient, le mensonge dans les relations médecins-malades, l’automédication et l’autonomie des malades, et la gestion profane des risques médicamenteux. Auteur de nombreux articles de recherche et d’ouvrages (parmi lesquels : La relation médecins-malades : information et mensonge, Paris, PUF, 2006), elle est notamment lauréate du prix Prescrire 2013 pour le livre : L’automédication ou les mirages de l’autonomie, Paris, PUF, 2012.

Bruno Sportisse est directeur général adjoint, chargé de la stratégie numérique, de Thuasne, leader européen des textiles techniques médicaux, depuis un peu plus d’un an. Ancien élève de l’École polytechnique, ingénieur en chef du Corps des Ponts et Chaussées, il est titulaire d’un doctorat de mathématiques appliquées et de l’habilitation à diriger les recherches en sciences atmosphériques.

Après des travaux de recherche dans le domaine spatial, il a été fondateur puis directeur du CEREA (Centre de recherche sur l’environnement atmosphérique). Il a ensuite été directeur du transfert et de l’innovation de l’Inria, ce qui l’a conduit à travailler à la conception et au lancement de nombreuses entreprises du numérique. Il a ensuite rejoint le cabinet de Geneviève Fioraso, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, puis celui de Fleur Pellerin, ministre déléguée aux Petites et moyennes entreprises, à l’Innovation et à l’Économie numérique, dont il a été directeur adjoint. Il a notamment travaillé à la conception et au lancement de la French Tech et des dix plans consacrés au numérique de la Nouvelle France industrielle.

Éléments de contexte

Le droit à l’information

La relation entre médecin et patient est placée, en théorie, sous le signe de la transparence : le droit à l’information du patient est garanti par le code de la santé publique, notamment aux articles L. 1111-2 « Toute personne a le droit d’être informée sur son état de santé. […] » ou L. 1111-7 « Toute personne a accès à l’ensemble des informations concernant sa santé détenues, à quelque titre que ce soit, par des professionnels et établissements de santé […] ».

La mise en place d’outils pour assurer la transmission d’information n’est cependant pas évidente. Le dossier médical personnel, rebaptisé en 2015 dossier médical partagé (DMP), a par exemple été lancé en 2004 et mis en place en 2011 pour partager les données de santé et mieux coordonner les soins. Malgré de multiples relances, son déploiement reste limité. Ainsi, au 1er février 2016, le ministère de la santé indique que 571 095 DMP ont été créés.

Le développement des objets connectés grand public en santé

Comme le décrivait le cahier Innovations et Prospectives n° 2 de la CNIL en 2014[1], le corps devient un nouvel objet connecté, conduisant notamment au développement de pratiques de « quantified self », que l’on traduit souvent par « auto-mesure de soi ». Le président de Withings, fabricant d’objets connectés, annonce que « La frontière entre les domaines du bien-être et de la santé va s’estomper ». Ce mouvement est susceptible de modifier les relations entre médecin, patient et système médical.

Comme le rappelait la Note d’analyse de France Stratégie « Demain, l’internet des objets" publiée en janvier 2015[2], « Certains objets devenus connectés — balances, podomètres, bracelets, montres, etc. — permettront de mieux connaître nos habitudes. Combinés à des logiciels d’analyse, tels Pathway Genomics ou 23toMe spécialisés dans l’analyse du code génétique, ils aideront à avoir une connaissance fine de l’état de santé, sans avoir recours à un spécialiste. Grâce à des capteurs, le médecin pourra suivre à distance l’état de santé d’un patient, établir un diagnostic et procéder à des soins ».

Derrière ces succès annoncés (la note de France Stratégie rappelle certaines évaluations conduisant à envisager 80 milliards d’objets connectés en 2020), des échecs sont tout aussi possibles dès lors qu’une « majorité de personnes voit pour l’instant peu d’utilité pratique à ces objets connectés ».

Évènement sur invitation uniquement.

Contact

Lionel Janin : mutmut@pm.gouv.fr


[1] http://www.cnil.fr/fileadmin/documents/La_CNIL/publications/DEIP/CNIL_CAHIERS_IP2_WEB.pdf

[2] http://www.strategie.gouv.fr/publications/demain-linternet-objets