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Technologies et usages : quelles acceptations sociales pour les Smart Cities ?
Technologies et usages : quelles acceptations sociales pour les Smart Cities ?
mardi 07 février 2017
[Compte rendu] Après une première rencontre centrée sur la définition et l’essence de la ville intelligente, puis une seconde sur la gouvernance, la démocratie participative et le « Design Thinking », cette troisième session du cycle d’ateliers consacré aux Smart Cities s’intéresse au processus de construction de ces villes

Les deux invités du département « Développement durable et numérique » de France Stratégie apportent des points de vue complémentaires : l’un théorique, celui du professeur émérite en sciences économiques Alain Rallet, l’autre pratique, avec la participation du chargé de mission TIC au sein d’un établissement public territorial de la région parisienne, Alain Vaucelle.

La construction ou la transformation des villes et de l’espace urbain par le numérique et les technologies pose la question des usages, de leur acceptation et de leur intégration. Il s’agit ainsi de recentrer la réflexion sur le citoyen-citadin-usager, et plus largement sur l’Homme, au cœur du projet urbain.

Des visions divergentes de l’individu et de la ville

Le passage des Smart Cities aux Smart Citizens, ou plus simplement des villes aux citadins, est caractéristique de la transition entre une vision techno-centrée de la ville et de l’espace urbain et une approche « par l’humain ». Deux représentations de l’espace urbain et du citadin habillent ces deux approches. La première épouse la représentation de l’espace urbain comme un système de flux à optimiser (flux de transports, flux d’individus, mais également désormais flux d’informations), tandis que l’approche par l’humain peut être définie par la présence de citoyens-usagers proactifs dans la construction de leur ville. Ces différentes visions justifient l’existence de multiples définitions de la Smart City, déjà soulignées lors du premier atelier.

Alain Rallet oppose, pour sa part, deux visions de la ville intelligente : l’une est caractérisée par une logique top-down, l’autre par une dynamique bottom-up. Ces visions soulèvent des questions différentes, impliquent certains risques, et définissent des conditions inégales. Elles sont également dépendantes de représentations quasi opposées des individus. Considérer les individus comme essentiellement passifs et sources d’ « externalités négatives » (pollution, congestion, par exemple) justifie une intervention de la puissance publique « par le haut ». Si on considère, au contraire, que les individus sont des êtres sociaux conscients, désireux d’améliorer la qualité de leur environnement, et capables de produire des « externalités positives », alors la dynamique peut partir « du bas », c’est-à-dire des citadins.

Les enjeux sont différents. Dans le cadre de la première vision (top-down), l’usage des technologies et du numérique (des capteurs par exemple) serait une solution : on pourrait contrôler en permanence les flux et dépasser les « externalités négatives ». La seconde vision soulève un autre problème et enjeu : celui de « l’impuissance collective ». Dans une société marquée par le poids des institutions, de l'organisation et des normes sociales, le citadin volontaire peut être découragé de passer à l’action, d’autant plus s’il pense que « les autres ne vont pas changer ». Cette perspective renferme le risque, en pratique, de voir les usages et comportements des citoyens non modifiés.

Le territoire au cœur de la stratégie des Smart Cities

Alain Vaucelle rappelle que ces usages et comportements dépendent du territoire particulier auquel ils sont rattachés. Cet ancrage territorial, dès lors impératif, rend plus délicate toute analyse théorique générale et plus nécessaire l’analyse territoire par territoire. Cette complexité est d’autant plus grande que différentes échelles et plusieurs acteurs et domaines d’intervention doivent être pris en considération. Autrement dit, considérer autant la ville que ses quartiers, les collectivités, citoyens et usagers autant que les entreprises et universités. Et des domaines d’intervention aussi larges que les infrastructures, la gouvernance, l’environnement, l’économie, le social, la culture ou la sécurité.

Ainsi, une vision exclusivement technologique de la ville intelligente ne saurait être exhaustive. L’installation généralisée de capteurs de données et le traitement de celles-ci ne suffisent pas à une ville pour la rendre smart. Les Smart Cities soulèvent des enjeux transverses et supposent donc la réunion de multiples outils et conditions.

Une réflexion plus profonde transcende finalement les Smart Cities : celle sur le rôle et la place de la puissance publique. C’est la frontière entre le public et le privé, et le passage d’une logique de gouvernement  à une logique de gouvernance qui sont en jeu ici. La ville serait, ainsi, un bon terrain d’expérimentation et d’observation de la redéfinition d’une puissance publique recentrée sur des fonctions de stratégie, de coordination et de régulation.

Edward Chekly

 


Intervenants

Alain RALLET, Professeur émérite de Sciences économiques à l'Université Paris-Sud et membre du laboratoire d'économie-gestion RITM (Réseaux, Innovation, Territoires, Mondialisation)

Alain VAUCELLE, chargé de mission Technologies de l'information et de la communication à l’Établissement public territorial Plaine Commune

Contacts
Christine Raynard et Camille Boulenguer
smart.cities@strategie.gouv.fr
 

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