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Débats
Date de publication : 
Mardi 11 Avril 2017
Vendredi 05 Mai 2017
09h00 à 11h30
L’Estonie est souvent citée en exemple pour son avance en matière d’intégration des outils numériques, notamment dans les services publics. Cette table ronde permettra de présenter la manière dont l’Estonie a su utiliser le numérique dans son système éducatif pour en tirer le meilleur parti, ainsi que sa démarche pour développer les compétences numériques des professeurs et des élèves.

La France a, elle aussi, engagé une stratégie pour faire changer l’École grâce au numérique. Un échange d’expériences sur les pratiques de nos deux pays permettra à chacun de s’inspirer des réussites de l’autre et de tirer les leçons d’éventuelles difficultés.

Compte rendu

Vendredi 5 mai, l’ambassade d’Estonie recevait France Stratégie pour une table ronde co-organisée sur le thème de l’éducation et du numérique. Les différents échanges entre intervenants estoniens et français ainsi que les questions des participants dans la salle ont permis d’exposer les différences de méthode et de développement du numérique à l’École dans les deux pays.

Le Podcast du débat

Ingrid Amer (chef de mission adjointe à l’Ambassade d’Estonie, Ambassadrice auprès de l’UNESCO) a ouvert la matinée en rappelant que la reconstruction de l’Estonie, après l’effondrement du bloc soviétique dans les années 1990, lui avait permis de mettre en place très tôt une politique de développement numérique. Notamment en matière d’éducation, le programme baptisé le « Saut du tigre » a aidé les écoles à se connecter à Internet et à s’équiper en outils informatiques dès 1997.

La table ronde a été introduite par la présentation des résultats des deux pays au test PISA et des conséquences qu’ils ont pu avoir sur les politiques éducatives. Mart Laidmets (sous-secrétaire général de l'enseignement général et professionnel) a exposé les bons résultats de l’Estonie qui ont conduit à des efforts en matière d’égalité et d’équité, notamment avec le système numérique EHIS qui permet de suivre le parcours des élèves et de partager certaines informations. Des efforts ont également été fournis en matière de bien-être avec des questionnaires adressés aux élèves, à leurs parents et aux enseignants.

Marianne de Brunhoff (déléguée aux relations européennes et internationales au ministère français de l’Éducation nationale) a pour sa part montré comment les résultats peu satisfaisants de la France ont révélé les faiblesses du système éducatif et ont permis de faire porter les priorités sur l’école primaire, les établissements en zone difficile, la réforme du collège et des programmes, ainsi que sur la formation des enseignants. Elle a également rappelé qu’un système éducatif ne se jugeait pas seulement au regard des résultats à un test à un instant T, mais sur période longue et que des modèles très différents (collaboratif en Europe du Nord ou très compétitif en Asie) pouvaient apporter de bonnes performances de manières similaires. Ces résultats ne permettent donc pas de dégager un modèle vertueux qui serait applicable partout.

Les échanges ont ensuite porté sur l’utilisation des outils numériques au service de l’éducation.

Kristel Rillo (chef adjoint du e-Service Département du ministère de l´Éducation) a présenté la stratégie à l’horizon 2020 que suit l’Estonie pour l’éducation et comment le numérique y est intégré. Cette stratégie s’articule autour de cinq axes :

- nouvelle approche de l’apprentissage ;
- motivation des équipes enseignantes ;
- articulation entre la formation et le marché du travail ;
- formation tout au long de la vie ;
- équité et égalité.

Le numérique y est présent notamment à travers l’articulation entre la formation et le marché du travail ainsi que la formation tout au long de la vie. L’accent est ainsi porté sur deux aspects, à la fois les compétences en programmation, avec en particulier la volonté d’accroître le nombre d’experts, et celles plus transversales, relatives à la littérature numérique, nécessaire pour une société de l’information inclusive.

Pour atteindre ces objectifs, un effort a été porté sur la formation des enseignants et l’équipement des écoles dont la responsabilité incombe au chef d’établissement, avec un soutien financier de la part de l’État. En outre, la loi oblige les producteurs de ressources pédagogiques (manuels) à réaliser à la fois un support « papier » et une version numérique.

Svenia Busson (co-fondatrice du EdTech WorldTour) a complété l’exemple estonien par les différentes pratiques qu’elle a pu observer en matière de numérique à l’école. Elle a insisté sur l’importance d’appréhender le numérique comme un moyen qui doit être mis au service de la pédagogie. Ainsi, on constate que l’équipement en ordinateur des écoles chiliennes dans le but de réduire les inégalités a été assez peu efficace par manque de formation des enseignants. Dans un contexte différent, l’équipement des élèves en Australie s’est également avéré inefficace et très coûteux alors que les élèves sont pour la plupart déjà équipés personnellement.

La Nouvelle-Zélande a su mettre en place une politique cohérente, entre investissements publiques pour connecter les écoles en Wifi et formation des enseignants. Des établissements privés « Mindlab » offrent aux enseignants un lieu de rencontre et de formation. Pour financer leur formation, les enseignants perçoivent des subventions. Par ailleurs chaque école dispose d’un budget pour s’équiper en outils numériques.

L’accompagnement et la formation des enseignants ont été des points soulevés par le public à la suite de ces interventions. En Estonie, des médiateurs technologiques ont été créés. Avec la progression des usages, le recours à cette aide n’a pas diminué mais s’est tourné vers des problèmes plus complexes. Par ailleurs la formation des enseignants est assurée par le secteur privé et les universités. Les directeurs d’établissement se réorientent vers le pilotage pédagogique.

Les interventions se sont ensuite concentrées sur le cadre de mise en œuvre des politiques numériques à l’école, en particulier sur la construction des référentiels de compétence et sur l’évaluation.

Margus Pedaste (professeur en Technologie éducative à l'Université de Tartu) a rappelé que l’enseignement de compétences numériques en Estonie se faisait dans un contexte de renouvellement plus large du cadre d’apprentissage avec de nouvelles compétences, un environnement amélioré (moins d’étudiants par classe, plus d’activités collaboratives) et de nouvelles méthodes pédagogiques. L’objectif est de favoriser un apprentissage autonome et collaboratif, et ce tout au long de la vie. Ce cadre vise également l’acquisition de compétences « sociales » telles que l’ouverture, la réflexion critique ou la « préparation à l’incertitude ». 

Pour améliorer les compétences numériques, l’Estonie s’est appuyée sur le référentiel européen (DigComp) organisé autour de cinq axes (information, communication, création de contenu, sécurité et résolution de problème). Elle a également conduit une étude sur l’utilisation des équipements mobiles par les étudiants : alors que 95 % en sont équipés, 50 % ne s’en servent pas pour apprendre.

S’appuyant sur le même référentiel européen des compétences numériques, Mathieu Jeandron (directeur du numérique pour l’éducation) a présenté la plateforme PIX qui sera prochainement utilisée par le ministère français de l’éducation nationale pour évaluer les compétences des élèves. Elle a été développée pour évoluer dans le temps et fonctionner avec les outils numériques à disposition de chacun (navigateur web, logiciel, format des documents…). Une partie des corrections des exercices se fait de pair-à-pair pour permettre des épreuves plus interactives.

Cette plateforme a vocation à être utilisée tout au long de la vie pour évaluer les compétences de chacun et les faire progresser. Cette approche transversale du numérique repose sur le constat de la particularité de cette « matière » qui ne peut pas être traitée comme les autres. En effet, dans le cadre du concours Algorea (programmation et algorithmique) qui s’adresse aux élèves de 9 à 17 ans, certains élèves de 9 ans réussissent mieux que ceux de 17. Ainsi, PIX a été construit en collaboration avec le monde professionnel qui manque également de repère en ce qui concerne les compétences numériques, leur évaluation et leur acquisition. Elle vise une transversalité du collège au monde professionnel, avec la possibilité pour les entreprises de se l’approprier en sélectionnant des exercices spécifiques à leurs besoins.

La question de la formation qui complète celle de l’évaluation des compétences a été soulevée par le public. Pour cela, la plateforme PIX proposera également un catalogue de formations disponibles, notamment des MOOCs. L’implication des parents et les outils mis à leur disposition pour accompagner les usages de leurs enfants ont également été questionnés. L’Éducation nationale a ainsi commencé à publier des guides à destination des parents, en particulier pour les sensibiliser aux problèmes de l’hyperconnectivité.

Galerie média

La transformation numérique de l'École en Estonie et en France

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