Publié le mardi 21 février 2017
Dynamique de l'emploi et des métiers : quelle fracture territoriale ?
Dynamique de l'emploi et des métiers : quelle fracture territoriale ?
D’après France Stratégie, sur la période 2006-2013, les créations d’emploi se concentrent sur les grandes métropoles, c’est-à-dire les aires urbaines de plus de 500 000 habitants, au détriment des villes moyennes, petites ou isolées. La diffusion de la croissance des métropoles vers les territoires périphériques est incertaine. Le mouvement de métropolisation devrait se poursuivre.

Aujourd’hui, 46 % des emplois sont concentrés dans les métropoles

Globalement, jusqu’en 1999, la croissance de l’emploi a profité à toutes les villes, petites et grandes. À partir de cette date, les territoires se différencient de plus en plus. Sur la période 2006-2013, les créations d’emplois se concentrent sur les aires urbaines de plus de 500 000 habitants. L’aire urbaine de Paris rassemble 22 % des emplois et les seize grandes aires situées en province en cumulent 24 %. À l’inverse, les villes moyennes, les petites villes et les communes isolées subissent des pertes d’emplois. Cette « métropolisation de l’emploi » s’appuie sur une concentration des emplois de cadres dans les métropoles de province.

Les douze métropoles régionales retenues dans l’étude en plus de Paris, bien qu’ayant des spécialisations économiques diverses, sont presque toutes positionnées sur des métiers structurellement dynamiques. Elles accueillent aussi davantage les métiers aux tâches non répétitives (comme les ingénieurs en informatique ou en recherche-développement). À cet effet structurel s’ajoute l’effet d’une dynamique locale : en moyenne et pour un métier donné, la croissance de l’emploi y est supérieure à la moyenne nationale. Pour autant, la taille des métropoles ne garantit pas une croissance économique soutenue : entre 1999 et 2013, les aires de Toulouse, Montpellier, Nantes, Rennes, Bordeaux et Lyon ont certes créé de nombreux emplois, mais l’aire de Rouen en a perdu, tandis que Lille, Strasbourg, Grenoble et Nice sont à la traîne.

La complémentarité entre les pôles urbains et les couronnes périurbaines explique une partie du dynamisme des métropoles : les centres concentrent les emplois stratégiques mais les couronnes périurbaines sont plus dynamiques en termes de croissance de la population et de l’emploi (sauf celle de Paris).

Les villes petites et moyennes sont en retrait car positionnées sur des métiers qui perdent des emplois au plan national ou sont peu dynamiques (ouvriers, employés, agriculteurs). À cet effet de structure s’ajoutent des dynamiques propres, négatives, pour les aires urbaines de moins de 100 000 habitants et les aires moyennes. La désindustrialisation a joué fortement sur ces petites villes.

Les communes isolées souffrent d’une diminution de l’emploi dans les métiers agricoles et d’ouvrier, qui y sont surreprésentés. En revanche, l’effet local y est positif : les métiers industriels résistent mieux dans ces communes, les professions de santé, les professionnels des arts et spectacles et les informaticiens s’y développent davantage.

Les territoires qui entourent les métropoles ont un poids important

5,9 millions d’emplois sont concentrés dans un rayon de 90 km autour des douze grandes métropoles de province, soit environ un quart de l’emploi national. Ces territoires périphériques sont plus agricoles et plus industriels que l’ensemble de la France et les métiers du BTP y sont surreprésentés.

Ils apparaissent moins dynamiques que les couronnes périurbaines mais sont mieux lotis que le reste du territoire.

L’effet local est aussi inégal. Il affecte positivement les pourtours des métropoles de Nantes, Rennes, Montpellier mais il est négatif pour Lille et Rouen. Pour Toulouse et Bordeaux, seul le territoire situé dans un rayon de 60 km est plus dynamique sur la période 2006-2011. Lyon est un cas atypique : la métropole connaît une situation dynamique alors que les territoires situés à moins de 60 km sont globalement à la traîne. Enfin, le pôle de Strasbourg est en retrait sur cette période alors que sa périphérie à moins de 60 km bénéficie d’un emploi dynamique si on neutralise les effets de structure.

La métropolisation devrait se poursuivre

Les métiers pour lesquels on anticipe des pertes d’emploi d’ici 2022 sont fortement présents dans les aires urbaines de moins de 100 000 habitants et hors des aires urbaines. Ces territoires risquent d’être d’autant plus touchés que les personnes exerçant ces métiers fragiles ont une mobilité géographique généralement faible. Ces métiers sont plus implantés dans le Bassin parisien hors Île-de-France, le nord, une partie de l’est et le centre de la France, ainsi que dans les territoires agro-industriels de l’ouest.

À l’inverse, les métiers à fort potentiel de création d’emplois d’ici 2022 sont sous-représentés hors des aires urbaines et dans les aires urbaines de moins de 100 000 habitants et surreprésentés dans les métropoles.