Publié le mercredi 08 février 2017
2017/2027 - Mieux investir au service de la croissance - Actions critiques
2017/2027 - Mieux investir au service de la croissance - Actions critiques
Avec le projet « 2017-2027 », France Stratégie souhaite analyser les enjeux de la prochaine décennie, examiner les grands choix qui s’imposent au pays et les orientations qui s’offrent à lui. Après la publication de 13 notes d’enjeux, France Stratégie présentera d’ici le mois de février une quinzaine d’actions critiques. Ce nouvel exercice vise à éclairer le débat en amont de l’élection présidentielle en offrant, sur une quinzaine de questions, des options pour des actions à conduire au cours des prochaines années.

L’économie française est confrontée à une faiblesse simultanée de l’offre et de la demande. Une relance de l’investissement permettrait à la fois de répondre aux problèmes d’offre à l’origine du ralentissement de la croissance et de soutenir la demande. Cependant, la France n’est pas à la traîne par rapport à ses principaux pays partenaires en termes de montants d’investissement, publics comme privés. L’enjeu pour la France est donc d’abord d’investir mieux pour augmenter le potentiel de croissance à long terme.

Deux options s’offrent au pays pour améliorer et dynamiser l’investissement à court terme.

Option 1 : Une stratégie nationale de relance de l’investissement

La faiblesse actuelle des taux d’intérêt permettent de financer aujourd’hui les besoins d’investissement à un coût moindre qu’ils ne pourront l’être demain. Deux cas de figures peuvent être envisagés : une augmentation permanente de l’investissement public ou une hausse ponctuelle et limitée dans le temps. L’impact sur la signature française, et donc sur les taux d’intérêt, serait nul si ce renforcement de l’investissement s’accompagne d’une trajectoire crédible de baisse future des dépenses courantes et d’un processus rigoureux de sélection et de mise en œuvre des projets à financer.

Compte tenu de l’état de l’état des finances publiques de la France et de ses engagements européens en la matière, trois voies s’offrent au pays s’il décide d’agir seul :

  • Réorienter la dépense publique vers les investissements qui permettront d’accroitre la croissance potentielle tout en améliorant sa qualité. La principale difficulté reste d’identifier des gisements d’économies supplémentaires pour redéployer la dépense publique. Les investissements consacrés à la rénovation et la maintenance d’infrastructures existantes devraient ensuite être privilégiés, tout comme les dépenses de rechercher ou d’éducation. Les investissements qui réduisent le coût de fonctionnement du secteur public pourraient aussi être une alternative (dépenses de modernisation et de digitalisation gagés sur la réduction future des dépenses courantes).

Pour améliorer la qualité de l’investissement, l’évaluation socio-économique des investissements doit être perfectionnée et davantage prise en compte dans le processus de décision. Les collectivités territoriales, qui représentent les deux tiers de l’investissement public du pays, devraient également être soumises à ce type d’évaluation.

  • Amplifier les investissements du Programme d’investissement d’avenir (PIA) qui n’ont pas d’impact sur le déficit public. 57 milliards sont mobilisés pour les trois phases du programme. La troisième phase qui s’engage attribue 6 milliards à des dotations non consommables et des prises de participation au capital des porteurs de projet. La France devrait privilégier cette voie : elle permettrait d’accroître l’investissement en impactant très peu le déficit public au sens de nos engagements européens.
  • Mobiliser les mécanismes de garantie publique afin de mobiliser les financements privés en réduisant le risque attaché à des investissements de long terme en particulier sur la transition énergétique.

Option 2 : Une relance plus ambitieuse de l’investissement au niveau européen

La France peut entrainer ses partenaires européens dans une stratégie d’investissement plus ambitieuse. Deux voies seraient alors possibles.

  • Une nouvelle initiative européenne pour l’investissement.

Le plan Juncker (21 milliards d’euros) fonctionne. Il devrait générer, en trois ans, 315 milliards d’investissements privés. Le conseil européen a décidé de l’étendre jusqu’en 2020 pour le porter à 500 milliards.

La France pourrait chercher à convaincre ses partenaires européens d’aller plus loin encore en proposant d’affecter à un nouveau plan d’investissement des ressources qui ne seraient pas prises en compte dans l’application des règles budgétaires européennes. Seraient alors financés des projets plus risqués qui auraient un intérêt socio-économique important. Une part de subvention publique pourrait être plus fréquemment incluse dans les projets pour renforcer l’effet de levier sur l’investissement privé. Elle serait basée sur la valeur collective avérée du projet.

  • Créer une nouvelle capacité européenne d’emprunt.

Les États membres garantiraient collectivement un nouveau fond qui emprunterait sur les marchés pour financer des investissements non pris en charge par le secteur privé, destinés à accroitre la croissance potentielle de l’UE. Ce fonds pourrait par exemple financer un plan pour l’investissement dans les compétences pour des métiers en tension sur la base de prêts remboursables par les bénéficiaires. Ce fonds pourrait aussi être mobilisé pour la transition énergétique par la mise en place, au niveau européen, de mécanismes de garantie sur le prix futur du carbone. Bien calibré, ce fonds permettrait de fortement relancer l’investissement en Europe sans impacter les finances publiques des États.