Publié le mardi 02 septembre 2014
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La détérioration du compte courant français s'explique principalement par l'évolution défavorable de son taux de change interne, principal déterminant du taux de change réel en union monétaire. Une modération salariale et/ou une intensification de la concurrence dans le secteur abrité permettrait à la France de baisser son taux de change interne et de réduire les déficits de sa balance courante.

Au cours de la dernière décennie, les performances à l‘exportation de la France n‘ont cessé de se détériorer. La faible compétitivité  du secteur industriel est souvent présentée comme en étant la seule cause. Il apparaît toutefois que les performances des secteurs abrités de la concurrence internationale jouent un rôle majeur dans la compétitivité de l’ensemble de l’économie.

En effet, dans les secteurs protégés, la forte progression des coûts unitaires salariaux d’une part et l'absence de concurrence d’autre part se traduisent par une évolution dynamique des prix et donc des intrants des secteurs exposés. Veiller à ce que les politiques salariales soient plus adaptées au niveau de la productivité dans les secteurs protégés de la concurrence internationale comme l’immobilier, les services aux entreprises, les services juridiques et comptables, aiderait le secteur exportateur à être plus compétitif.

Le rééquilibrage des prix relatifs qui est nécessaire peut être chiffré. De 1999 – avènement de l’Union économique et monétaire – à 2004, le compte courant de la France est excédentaire de 1,5 % en moyenne. Il est déficitaire depuis 2005 de 1,3 % en moyenne. 

Trois questions se posent alors : i) quel est le niveau d’équilibre (déficit maximal soutenable dans le temps) de la balance courante pour la France ? ii) De combien faut-il modifier le prix relatif des biens non échangeables pour rejoindre cet équilibre ? iii) Quelles sont les réformes à mener pour y parvenir ?

Nos estimations, selon les hypothèses faites sur le taux de croissance annuel moyen du PIB nominal dans les années à venir, évaluent qu’un déficit du compte courant compris entre --0,95 % et -0,32 % du PIB serait soutenable. Améliorer la balance courante dans le but de stabiliser la position extérieure nette (qui correspond au besoin de financements extérieurs cumulé année après année) nécessiterait une baisse du prix relatif des biens non échangeables comprise entre 3 % et 9,2 %. Cette baisse du prix relatif des biens non échangeables peut être obtenue à travers une politique de modération salariale, en accroissant la productivité dans le secteur abrité de l’économie, autrement appelé biens non échangeables par certains économistes, et en réduisant les rentes induites par une insuffisance de concurrence dans certains de ces secteurs. 

Prix des biens et services échangeables et non échangeables en France

Sommaire de la Note d'analyse : Réduire le déficit des échanges extérieurs de la France. Le rôle du taux de change interne. 

  • La dégradation de la balance des paiements de la France
  • Quel est le niveau d'équilibre de la balance courante
  • Quel taux de change interne pour équilibre la balance courante ? 
  • Quelles reformes pour abaisser le taux de change interne ?

Auteur : Mouhamadou SY, département Économies Finances.

L’auteur tient à remercier Anne Épaulard, Selma Mahfouz, Jean-Paul Nicolaï, Jean Pisani-Ferry et Xavier Ragot pour leurs excellentes remarques sur les versions antérieures de cette étude.