Publié le vendredi 28 août 2015
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À partir d’une comparaison inédite de la dispersion des salaires entre la France et l’Allemagne, cette note montre que la différenciation salariale a procuré un avantage certain à l’industrie allemande, lui permettant de combiner attractivité salariale et compétitivité coût et hors coût.

Les diagnostics sur la compétitivité-coût se fondent trop souvent sur la simple comparaison des coûts salariaux dans l'industrie manufacturière. Des travaux récents sur l'Allemagne ont cependant mis en évidence que l'ampleur croissante des disparités salariales entre secteurs et entre niveaux de qualification a été un facteur clé de la compétitivité de l'industrie exportatrice.

Cette Note d'analyse montre que ces caractéristiques ne se retrouvent pas du tout pour la France. Elle s'appuie pour cela sur une analyse de la dispersion des salaires dans les deux pays.

Il en ressort les résultats suivants :

  • si le coût horaire moyen du travail est plus faible en Allemagne qu’en France, les salaires horaires moyens bruts sont en revanche plus élevés en Allemagne dans quasiment tous les grands secteurs, à l’exception des services aux entreprises ;
  • les salaires horaires dans les premiers déciles (bas salaires) sont à l’inverse plus faibles en Allemagne qu’en France et c’est en Allemagne que les inégalités de salaires, notamment au bas de l’échelle des salaires horaires, sont les plus élevées de l’Union européenne (UE) ;
  • les écarts de salaires entre secteurs sont également plus marqués en Allemagne qu’en France ;
  • les secteurs les plus rémunérateurs ne sont pas les mêmes dans les deux pays, traduisant des différences dans les systèmes productifs et des écarts dans l’attractivité salariale des secteurs ;
  • cette différenciation salariale a procuré un avantage certain à l’industrie allemande, en lui permettant de combiner attractivité salariale et compétitivité coût et hors coût. Mais le prix en termes d’inégalités salariales a été de grande ampleur, et a contribué à l’introduction, début 2015, d’un salaire minimum.

Sommaire de la Note d'analyse - Comment se comparent les salaires entre la France et l'Allemagne ? 

  • Un coût du travail inférieur en Allemagne, mais des salariés mieux rémunérés
  • Des bas salaires beaucoup plus faibles en Allemagne dans presque tous les secteurs d'activité
  • En Allemagne, les spécificités de la négociation collective et le rôle des mini-jobs
  • En France, le rôle égalisateur du salaire minimum
  • En Allemagne et en France, une distribution des salaires plus élevés assez similaire
  • En Allemagne, des inégalités de salaires parmi les plus élevées d'Europe
  • En Allemagne, de très bas niveaux de salaires "acceptables" grâce aux mécanismes de solidarité
  • En Allemagne, des écarts de salaires entre secteurs plus élevés et une segmentation sectorielle du marché du travail plus forte
  • En Allemagne, l'industrie et les activités de réseau au sommet de la hiérarchie salariale
  • En France, les services financiers et activités de réseau et les services aux entreprises au sommet de la hiérarchie salariale

Auteurs : Odile Chagny, IRES, Institut de recherches économiques et sociales et Frédéric Lainé, France Stratégie