Publié le jeudi 10 mars 2016
Dix ans de transitions professionnelles : un éclairage sur le marché du travail français
Dix ans de transitions professionnelles : un éclairage sur le marché du travail français
La constitution d’un panel d’actifs sur la période 2003-2014 à partir de l’enquête Emploi permet de fournir une vision dynamique de l’évolution du marché du travail à la lumière des transitions professionnelles, et de pointer l’impact spécifique de la crise de 2008 sur le fonctionnement de ce marché.

Sur la dernière décennie, les transitions professionnelles des actifs sont relativement stables, autour de 16 % en moyenne chaque année, et évoluent en lien avec le cycle économique et de l’emploi. Pour autant, depuis la crise de 2008, la structure des transitions professionnelles s’est modifiée : les allers et/ou retours entre emploi et chômage sont plus nombreux relativement aux transitions d’emploi à emploi (changements d’employeur). Ils représentent près de six transitions sur dix, illustrant ainsi l’instabilité du marché du travail.

La rupture du lien d’emploi, mesurée à partir de la probabilité de connaître une transition de l’emploi vers le chômage, se concentre sur certaines catégories de travailleurs : les jeunes, les moins qualifiés et de façon moindre les seniors. Ce sont ces mêmes travailleurs qui présentent la probabilité la plus forte de changer d’entreprise d’une année sur l’autre. Le risque de basculement vers le chômage dépend fortement du type de contrat de travail, ce qui atteste de la dualité du marché du travail : il est dix fois plus important pour les salariés en intérim et six fois plus important pour les salariés en CDD que pour les salariés en CDI. Pour autant, au sein même de ce dernier segment, le risque est hétérogène : il apparaît ainsi plus élevé pour les familles monoparentales et les immigrés non européens. En tenant compte de facteurs objectifs, la probabilité de perdre son emploi renvoie surtout aux modes de gestion de la main-d’œuvre au sein des entreprises ou à certains métiers, plutôt qu’aux seules caractéristiques individuelles observables (sexe, âge, diplôme, catégorie socioprofessionnelle notamment). De ce point de vue, la montée des contrats à durée limitée (CDD et intérim) et le raccourcissement de leur durée moyenne, y compris des CDI, suggèrent que ces transitions sont davantage subies que voulues. Parallèlement, les transitions vers l’emploi stable (CDI) connaissent une baisse tendancielle depuis la crise de 2008, surtout pour les chômeurs, ce qui tend à renforcer la segmentation du marché du travail.

Graphiques et tableaux du DT 2016/3, par fcausse