Publié le mardi 12 janvier 2016
Les jeunes sont-ils sacrifiés par la protection sociale ?
Les jeunes sont-ils sacrifiés par la protection sociale ?
Notre système de protection sociale sacrifie-t-il sa jeunesse ? L’exploitation des comptes de transferts nationaux apporte une réponse plutôt négative à cette question, même si la protection sociale n’a pas compensé la dégradation relative de la situation des jeunes en termes de niveau de vie ou de pauvreté.

Entre chômage de masse, faiblesse relative de leur revenu disponible, dégradation des conditions d’accès au logement et peur du « déclassement systémique », les jeunes générations seraient en France plus qu’ailleurs « sacrifiées », voire structurellement « maltraitées »*. La protection sociale défavorise-t-elle les jeunes au bénéfice des plus âgés ?

Les dépenses de protection sociale bénéficient majoritairement aux plus de 60 ans

Les dépenses totales de protection sociale dont bénéficient les plus de 60 ans représentent 17,2 % du PIB en 2011, soit deux fois plus que celles consacrées aux moins de 25 ans, en incluant les dépenses d’éducation. Qui plus est, ces dépenses ont fortement augmenté sur les trente dernières années quand celles dédiées aux jeunes stagnaient.

Les jeunes générations sont-elles sacrifiées ?

Hippolyte d’Albis, Pierre-Yves Cusset et Julien Navaux ont dressé des profils par âge des transferts publics reçus et des prélèvements obligatoires versés en mobilisant les comptes de transferts nationaux sur la période 1979-2011. Ils montrent ainsi que si l’essentiel de la hausse des dépenses sociales sur cette période a bénéficié aux plus âgés, cela est d’abord imputable à la démographie, les effectifs des plus âgés ayant plus augmenté que ceux des plus jeunes. Les dépenses individuelles de protection sociale ont, elles, évolué de façon plus comparable entre les groupes d’âge. Les dépenses sociales rapportées au PIB / tête (y compris dépenses d’éducation) ont ainsi progressé de 10 points pour les plus de 60 ans (soit une progression de 15 %) et de 5 points pour les moins de 25 ans (soit + 23 %) entre 1979 et 2011. Le ratio entre les dépenses individuelles de ces classes d’âge reste assez stable du fait de niveaux de départ très différents. Enfin, côté financement, les plus âgés sont davantage mis à contribution notamment depuis l’introduction de la CSG au début des années 1990. Leur taux de prélèvement** a doublé entre 1979 et 2011 pour atteindre 20 % quand celui des actifs sur lesquels repose encore l’essentiel de l’effort de contribution, passait de 27 % à 37 %.

Et à l’avenir ?

Les transferts nets de protection sociale (c'est-à-dire la différence entre les sommes perçues et prélevées) sont dix fois plus importants pour un individu de plus de 60 ans que pour un jeune de moins de 25 ans. Dans un contexte où la pauvreté touche désormais 2,5 fois plus souvent les moins de 25 ans que les plus de 60 ans, ce déséquilibre ne pose pas seulement la question de l’équité mais également celle de la soutenabilité. Dans ces conditions, compte tenu des niveaux de vie et de pauvreté des différentes classes d’âge et des niveaux relatifs, il semble difficile de réduire les transferts nets vers les plus jeunes et les individus d’âge actif, ce qui appellera dans les dix prochaines années une baisse du transfert net perçu globalement par les plus de 60 ans.  


*Selon les termes consacrés respectivement par Christian Saint-Etienne et Louis Chauvel
**Le taux de prélèvement est ici le rapport entre ce que payent les individus d’une tranche d’âge pour le financement de la protection sociale et un ensemble composé de leurs revenus du travail « superbruts », de leurs revenus du capital et des transferts publics en espèce qu’ils reçoivent

Auteurs : Hippolyte d’Albis, Paris School of Economics – CNRS ; Pierre-Yves Cusset, France Stratégie, Département Société, institutions et politiques sociales ; Julien Navaux, École d’économie de Paris