Publié le vendredi 26 février 2016
Modèles macroéconomiques et transition énergétique
Modèles macroéconomiques et transition énergétique
Cette note d’analyse met en évidence l’intérêt de l’utilisation des modèles macroéconomiques pour étudier l’impact de la transition énergétique et la nature des résultats que ces modèles peuvent fournir.

2015, année charnière dans la lutte contre le réchauffement climatique ? Dans le cadre de l’ONU, la COP21 se conclut le 12 décembre par l’adoption de l’Accord de Paris sur le climat ; en France, le Parlement avait adopté le 17 août la loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte. Peu à peu se dessine un cadre juridique où les États prennent des engagements, créent de nouvelles obligations. Pour autant, le chemin qui conduira à la baisse des émissions de CO2 via un changement dans les comportements est loin d’être tracé. Comment articuler les dispositifs requis par la réduction des émissions de CO2 avec le redressement économique et la croissance ? Le débat est vif et France Stratégie a choisi d’y participer en réunissant en 2015 un groupe de travail qui, à l’aide des modèles macroéconomiques, a évalué quel serait, dans le cas de la France, l’impact de certaines mesures requises par la transition énergétique — par exemple d’une taxe carbone — sur le système économique pris dans sa globalité.

Quelles conclusions tirer de cet exercice ? Premièrement, les modèles convergent pour indiquer qu'une taxation du carbone est efficace pour réduire les émissions mais que, même à long terme, elle a un coût en termes de PIB et d'emploi : une taxe carbone d'un montant de 1% du PIB réduit le PIB de 1% environ. Il conviendra de recycler les recettes correspondantes pour soutenir l'activité, notamment l’innovation et le marché́du travail. Deuxièmement, les mécanismes conduisant à la réduction des émissions divergent fortement entre les modèles : certains projettent une baisse de l'intensité énergétique, d'autres des substitutions entre énergies. Les raisons de ces différences doivent être tirées au clair, car les conséquences des deux types d'effets pour les politiques publiques ne sont pas du tout les mêmes. Troisièmement, l’ampleur de l’effet récessif de court terme que pourrait induire la transition énergétique diffère selon les modèles.

La question des politiques conjoncturelles d'accompagnement reste donc ouverte.

Impact d’une taxe carbone équivalente à 1 % du PIB sur les émissions de CO2
Écarts par rapport au compte central

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Libre

graphique-na-43.jpg, par fcausse

Lecture : le premier modèle évalue que l’instauration d’une « taxe carbone » pour un montant de recettes de 1% du PIB aboutirait à moyen terme à une réduction des émissions de CO2 de près de 12 % du fait principalement d’une baisse de l’intensité énergétique (effet intensité énergétique), et dans une moindre mesure d’une substitution vers des énergies émettant moins de carbone (effet contenu carbone de l’énergie), la réduction d’activité (effet PIB) ne jouant qu’un rôle très faible dans la réduction des émissions.
N.B. : La version de Mésange qui a été utilisée ici ne permettant pas d’intégrer les possibilités de substitution entre énergies, les résultats du modèle ne sont pas présentés sur ce graphique.
Source : à partir des simulations de Boitier et al. (2015).