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Note d'analyse
Document de travail
Publié le
Mercredi 02 Décembre 2020
Les inégalités de revenu disponible sont en France plus faibles que dans une majorité de pays européens. Cette performance s’explique par une redistribution plus élevée dans notre pays, mais aussi par de moindres inégalités avant prélèvements et transferts sociaux.
Inégalités primaires, redistribution : comment la France se situe en Europe

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comment la France se situe en Europe

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une comparaison européenne

Il y a consensus pour dire que la France est, en comparaison européenne, un pays relativement égalitaire. Quelles que soient les sources statistiques et l’indicateur choisis, les inégalités de revenu disponible, c'est-à-dire après prélèvements obligatoires directs et prestations sociales, se révèlent en France relativement moins élevées qu’ailleurs.

Le débat est en revanche moins tranché lorsqu’il s’agit d’imputer cette performance aux écarts de revenu avant redistribution – « inégalités primaires » – et/ou à l’efficacité de la redistribution. Julien Rousselon et Mathilde Viennot versent au débat des résultats originaux fondés sur des données d’enquêtes harmonisées couvrant trente pays européens pour l’année 2018 (hors Allemagne, l’institut national Destatis n’ayant pas donné l’accès à ses données).

Revenus primaires et redistribution : de quoi parle-t-on 

Pour pouvoir comparer les niveaux d’inégalités entre des pays dont les systèmes socio-fiscaux sont différents, il faut définir le périmètre des revenus primaires et ce qui relève des transferts de manière à obtenir la meilleure comparabilité possible.

Dans cet objectif, les auteurs ont choisi de considérer les revenus primaires comme la somme des revenus d’activité superbruts (salaire net plus cotisations sociales, salariales et patronales), des revenus du patrimoine, et de certains revenus de remplacement, notamment les retraites, publiques ou privées. Le système de retraite français est en effet principalement assurantiel. Les pensions peuvent donc être considérées comme des « revenus différés ». De plus, les auteurs ont soumis leur choix méthodologique à des tests de robustesse, en menant par exemple l’analyse sur les seuls non-retraités pour observer dans quelle mesure cette restriction modifiait leurs résultats.

Quant à la redistribution, elle se mesure en comparant la répartition (plus ou moins inégale) des revenus primaires des ménages à celle (plus ou moins inégale) de leurs revenus disponibles, ces derniers intégrant par définition les prestations sociales en espèces et les prélèvements obligatoires directs.

Les inégalités primaires sont relativement plus faibles en France

Il existe plusieurs indicateurs pour mesurer les inégalités de revenus. Le plus connu des indices synthétiques est le coefficient de Gini. Il permet de comparer l’écart entre la répartition des revenus et une situation virtuelle d’égalité dans laquelle chaque fraction de la population recevrait une part égale de revenu. L’indice de Gini varie de 0 en situation d’égalité parfaite à 1 en situation d’inégalité absolue. Un indicateur est toujours sujet à critique. Pour y répondre, les auteurs ont testé des alternatives compatibles avec la taille des échantillons. En l’espèce l’écart interdécile, un indicateur qui permet de comparer les revenus des 10 % les plus riches à ceux des 10 % les plus pauvres. Les constats demeurent valables.

Avec un indice de Gini de 0,374, les inégalités primaires en France sont inférieures à celles de 19 des 29 autres pays européens analysés pour lesquels l’indice s’échelonne de 0,281 (Slovaquie) à 0,478 (Irlande), l’indice médian européen se situant à 0,380.

Ces résultats s’expliquent en premier lieu par de moindres inégalités de revenus d’activité entre personnes en emploi, elles-mêmes liées au taux d’activité plus élevé de la population française en âge de travailler, l’impact négatif du chômage sur les inégalités étant plus que compensé par le nombre relativement plus faible d’inactifs aux revenus nuls.

De plus, la France présente les inégalités de revenus du patrimoine les plus faibles d’Europe. Enfin, si l’on se place au niveau des individus, avant mise en ménage, la France renforce sa position égalitaire, avec un indice de Gini inférieur de 6 % à la médiane européenne. Cela s’explique notamment par des inégalités femmes/hommes comparativement faibles.

Une redistribution efficace pour réduire les inégalités…

La redistribution réduit les inégalités, mesurées par l’indice de Gini, de 25 % en France, soit près de 10 % de plus qu’en médiane européenne. Ce résultat est obtenu pour moitié par l’effet des prestations sociales en espèces, et pour moitié par les prélèvements obligatoires directs.

Il s’explique par des volumes redistribués plus importants dans notre pays, et non par une redistribution plus ciblée. La distinction « volume / ciblage » renvoie du côté « volume » aux montants des transferts (prestations comme prélèvements) rapporté au revenu médian des ménages, et du côté « ciblage » à la progressivité des taux quand il s’agit des prélèvements et aux conditions d’éligibilité quand il s’agit des prestations.

Bilan : les prestations sociales sont un peu plus ciblées en France – 1 point de revenu primaire des ménages sous forme de prestations réduit les inégalités de 3,0 % en France contre 2,7 % en médiane européenne –, mais leur volume est à peine supérieur à la médiane – il représente 6,4 points de revenu primaire des ménages en France contre 6,0 en médiane. Les prélèvements obligatoires représentent en revanche un volume nettement supérieur en France – 37 % du revenu primaire des ménages contre 34 % en médiane européenne –, mais leur ciblage est quasiment identique à la médiane européenne.

… même si des marges de progrès existent

Contrairement à un discours répandu, cette analyse montre donc que l’importance de la redistribution en France ne relève pas d’un système qui viserait à compenser de fortes inégalités primaires (à défaut de pouvoir les traiter à la racine), mais bien d’un choix : celui de réduire plus qu’ailleurs les inégalités.

Pour autant, des marges de manœuvre existent pour améliorer l’efficacité de notre système redistributif : un ciblage accru de certains prélèvements et prestations permettrait de réduire les volumes transférés sans accroître les inégalités, ou de les réduire davantage sans accroître les masses transférées.

Retrouvez en podcast l'entretien de Mathilde Viennot et Julien Rousselon, pour vous présenter les principales conclusions de cette étude :

Les opinions exprimées dans ces documents engagent leurs auteurs
et n'ont pas vocation à refléter la position du gouvernement.

Auteurs

Julien Rousselon
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Julien
Rousselon
Société et politiques sociales
Mathilde Viennot
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Mathilde
Viennot
Société et politiques sociales
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