Publié le mardi 27 janvier 2015
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L’internationalisation de l’enseignement supérieur est un fait. Pour la France, c’est une chance, mais c’est aussi un problème. Il est temps de nous demander comment saisir l’une et résoudre l’autre.

C’est un fait. On comptait en 2000 deux millions d’étudiants en mobilité internationale ; leur nombre a déjà doublé aujourd’hui et il pourrait doubler encore dans les dix ans qui viennent. On comptait moins de 500 cours en ligne (Moocs) au printemps 2013 ; ils étaient déjà 3 000 à l’été 2014. Cette double transformation marque l’irruption d’une logique d’internationalisation et donc de concurrence dans un secteur longtemps organisé sur une base quasi exclusivement nationale et, en France, très majoritairement de service public.

C’est une chance. L’un des vecteurs de cette transformation est l’accès au savoir de la jeunesse des pays émergents. En 2000, il y avait un quart d’étudiants en moins dans les BRIC que dans les pays avancés ; aujourd’hui, ils sont trois quarts de plus.

Cependant le centre de gravité de l’économie du savoir reste au Nord, qui domine quantitativement et surtout qualitativement la production scientifique mondiale. Pour quelques décennies encore, les pays de tradition scientifique comme la France disposent ainsi d’un avantage comparatif considérable, qui nourrit une forte demande d’accès à leurs systèmes universitaires.

Cet avantage est sans doute temporaire, car la concurrence des pays émergents s’intensifie : des « hubs éducatifs » au Moyen-Orient et en Asie captent de plus en plus une demande régionale en pleine expansion. Les flux de mobilité seront probablement de moins en moins univoques. Mais dans l’intervalle, les pays comme le nôtre sont bien placés pour bénéficier de la mutation en cours.

La France dispose d’atouts certains : notamment, des établissements de grande renommée, une production scientifique reconnue et un réseau scolaire à l’étranger parmi les plus étendus au monde. Elle reste d’ailleurs le troisième pays d’accueil des étudiants internationaux en 2012 avec 6,8 % du total des effectifs. À un pays qui s’est souvent vécu comme un perdant de la mondialisation, ces atouts permettent de prendre place parmi les gagnants.

C’est un problème cependant. Les établissements d’enseignement supérieur français s’inscrivent pour la plupart dans une logique non marchande et font face à de sérieux problèmes de ressources. Maintenir seulement à son niveau actuel la part de la France parmi les pays de destination des étudiants internationaux impliquera d’en accueillir 200 000 de plus dans dix ans. À l’évidence, cela ne pourra se faire à système inchangé : les ressources budgétaires, les effectifs enseignants, les équipements même n’y suffiront pas, d’autant que les attentes de ces étudiants mobiles ne feront qu’augmenter. Qu’il s’agisse du service d’enseignement lui-même ou des conditions de la vie étudiante, des progrès sont indispensables si nous voulons rester attractifs.

L’expansion internationale des établissements français – l’exportation de notre excellence universitaire – pose des problèmes voisins : elle demande de l’autonomie et en même temps un soutien des réseaux diplomatiques, des compétences spécifiques, des ressources, la possibilité de s’inscrire, quand il le faut, dans une logique d’investissement et de rendement économique.

La perspective de l’internationalisation invite ainsi à revisiter un certain nombre de questions notoirement controversées : celle de la tarification de services d’enseignement aux étudiants extra-communautaires ; celle de l’autonomie des établissements ; celle des moyens d’une stratégie d’investissement ; celle de l’équilibre entre objectifs de contribution au développement et de développement d’une offre compétitive.

Le rapport de Nicolas Charles et Quentin Delpech aborde ces enjeux à partir d’une analyse détaillée des tendances actuelles et des expériences internationales. Il montre que coexistent aujourd’hui différents modèles d’internationalisation de l’enseignement supérieur et qu’il est temps que la France détermine dans quelle direction elle entend faire évoluer le sien. Il clarifie les options et propose des perspectives.

Ce rapport se fonde sur la conviction qu’une stratégie bien pensée d’internationalisation peut être une solution, le vecteur d’une amélioration durable de la qualité de notre système d’enseignement supérieur. Il propose à cette fin de retenir un principe de tarification des études au coût complet pour les étudiants non européens (à l’exception des doctorants) et de fixer l’allocation de la ressource correspondante, chiffrée à 850 millions d’euros par an. Celle-ci serait entièrement réinvestie dans le financement de trois grands objectifs : l’équité par augmentation des bourses à destination des étudiants étrangers, notamment ceux en provenance des pays francophones ; une amélioration des services aux étudiants internationaux et de la qualité de notre offre ; et enfin un renforcement de la qualité de notre système.

Dans le rapport Quelle France dans dix ans ?, France Stratégie avait proposé de s’engager dans l’internationalisation de l’enseignement supérieur et la promotion de la mobilité des étudiants. Le travail de Nicolas Charles et Quentin Delpech définit méthodiquement les voies et moyens d’une telle ambition.

Auteurs : Nicolas Charles et Quentin Delpech, avec la contribution de Julian Michelet