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Débats
Publié le
Mardi 03 Janvier 2017
Mardi 24 Janvier 2017
09h00 à 11h00

Intervenants

Anne CHARREYRON-PERCHET, chargée de mission stratégique ville durable au ministère de l’Environnement, de l’Énergie et de la Mer – Commissariat général au développement durable

Tanguy SELO, Chief digital officer de la Ville de Mulhouse, en charge de la stratégie Smart City et de l'innovation par le numérique

Contacts
Christine Raynard et Camille Boulenguer
smart.cities@strategie.gouv.fr

Compte rendu

Le caractère smart de la Smart City repose sur l’intelligence humaine et collective, dont l’intelligence numérique et technologique ne constitue qu’un outil et support. Ce deuxième atelier du cycle consacré aux Smart Cities est l’occasion de s’interroger sur les enjeux et l’opportunité du numérique et des nouvelles technologies dans la stimulation et la production de cette intelligence humaine et collective.

En confrontant deux points de vue, l’un théorique, avec Anne Charreyron-Perchet, urbaniste, chargée des questions liées à la ville durable au sein du Commissariat général au développement durable, l’autre pratique, avec Tanguy Selo, Chief Digital Officer de la Ville de Mulhouse, en charge de la stratégie Smart City et de l’innovation par le numérique, nous avons pu non seulement déterminer les enjeux mais également identifier les limites de l’usage du numérique et des technologies qui lui sont associées dans le cadre urbain.

Trois principaux usages des outils numériques définissent des pratiques nouvelles ou renouvelées à l’échelle locale. En dynamisant le débat public, les outils numériques, associés aux nouvelles technologies (en particulier les smartphones), revitalisent la démocratie : ils en favorisent le dialogue avec les élus, facilitent le dépôt de projets citoyens et l’organisation des sondages et votes consultatifs. En améliorant les services rendus aux usagers, ils transforment la gouvernance locale, à travers une stratégie de crowdsourcing, c’est-à-dire de production participative ou collaborative. En favorisant la co-construction des projets de la ville, notamment par la pratique du budget participatif, ils renouvellent la « fabrique urbaine ».

Ces aspects positifs sont associés à des enjeux et risques qu’il convient de prendre en compte dans le cadre de toute réflexion ou stratégie de Smart City.

  • La réappropriation de la vie politique locale par les outils numériques, si elle complète – sans les remplacer – les processus démocratiques traditionnels, elle suppose un accès de l’ensemble des citoyens à l’outil, et nécessite donc de s’attaquer à la fracture numérique sur le territoire et dans la société.
  • Par ailleurs, si l’expertise citoyenne offre des avantages à la fois techniques, par l’obtention de nouvelles données en temps réel, et politiques, grâce à une action publique plus efficace et plus proche des usagers, elle présente également un risque de dépolitisation d’enjeux a priori définis comme politiques. Elle suppose donc une bonne gouvernance des outils numériques par les collectivités, en prévenant toute vision trop technologique et fonctionnelle – donc restrictive – de la gouvernance urbaine. En effet, la collectivité ne saurait circonscrire son rôle à celui d’un simple prestataire de services et gestionnaire de données massives (big data).
  • La bonne gouvernance de ces données et de l’outil numérique suppose également de garantir l’impact de la participation citoyenne sur le processus de décision, afin de ne pas décourager les citoyens-citadins-usagers, pour que la revitalisation de la démocratie ne soit pas une illusion.

Ainsi, le numérique et les technologies associées sont à la fois des outils et des instruments au service du renouvellement de la démocratie  – et donc de la participation citoyenne –, définissant un nouveau paradigme à l’échelle de la ville. Une double rupture est à l’origine de ce paradigme. La première est relative à la conception du rôle du citoyen, de celui de citoyen-passif, « destinataire-récepteur » de politiques publiques à celui de citoyen-actif, « destinataire-producteur » de l’action publique. La seconde rupture concerne l’intelligence collective, désormais perçue comme source d’innovations, politiques, sociales et culturelles.

Comment ce changement de paradigme se traduit-il à l’échelle locale ? La ville de Mulhouse en est une fenêtre d’observation privilégiée. Motivée par un retour du « droit à l’initiative » et le souci de transparence des politiques locales, la stratégie Smart City de la ville est un exemple d’usage des outils numériques comme leviers d’action en faveur de la revitalisation de la démocratie par la participation citoyenne à l’échelle locale, contre les conceptions technocratiques de la ville numérique connectée.

Définis par le dialogue permanent du trio d’acteurs citoyens-collectivités-industriels, les moyens mis en œuvre par la ville de Mulhouse sont triples : une Agence de la participation citoyenne, conçue comme un laboratoire d’expérimentations participatives, a été créée en 2014, tandis qu’une plateforme participative a été mise en place afin de permettre aux citoyens de déposer des projets. Trois cents indicateurs de performance permettent d’évaluer l’impact de ces initiatives et l’avancée de la transformation intelligente de la ville.

Mais cette co-créativité et cette quasi-instantanéité dans le recueil et le traitement des données ne sauraient effacer l’échelle de temps long de la construction de politiques publiques innovantes, comme on l’a rappelé à l’occasion du premier atelier. Innover à l’échelle locale suppose de « mettre en correspondance attentes des utilisateurs, faisabilité technologique et viabilité économique » (selon la définition admise du designer Tim Brown). Autrement dit, intégrer les besoins des individus et les possibilités de la technologie grâce notamment aux retours de l’utilisateur final : c’est le design thinking.

Un double enjeu irrigue finalement l’ensemble de la réflexion autour des Smart Cities : la protection des données privées, et les outils à la disposition de la puissance publique pour lutter contre le risque de court-circuitage par les gestionnaires de données massives (les GAFA[1] en premier lieu). Cette séance annonce ainsi le quatrième atelier consacré à la protection de la vie et des données privées dans les Smart Cities.


[1] Google, Apple, Facebook, Amazon.


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