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Note d'analyse
Publié le
Mercredi 19 Février 2020
En trente-cinq ans, le taux d’activité des 25-64 ans a augmenté de 7,2 points en France pour atteindre 80,1 % en 2018. L’évolution de la participation au marché du travail s’accompagne d’une forte réduction des inégalités entre les femmes et les hommes, d’un creusement des inégalités entre les hommes diplômés du supérieur et les autres, et d’une forte augmentation du taux d’activité des seniors, quel que soit le niveau de diplôme, depuis la fin des années 1990.
Quelle influence du diplôme sur la participation au marché du travail ?

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Augmenter le taux d’activité de la population en âge de travailler constitue un moyen de garantir le dynamisme des économies dont la population vieillit. C’est, à ce titre, un des objectifs de la stratégie Europe 2020 adoptée par les États membres après la crise de 2008 pour relancer la croissance. Mais comment augmenter la participation au marché du travail ? Pour répondre à cette question, Jean Flamand a analysé l’évolution du taux d’activité français sur les trente-cinq dernières années selon trois caractéristiques sociodémographiques : le sexe, l’âge et, ce qui est inédit, le niveau de diplôme. À la clé : des résultats rétrospectifs et prospectifs inédits sur longue période.

La hausse tendancielle du taux d’activité des femmes

Six femmes sur dix étaient actives au début des années 1980, les trois-quarts aujourd’hui. Conséquence : l’écart de taux d’activité entre les femmes et les hommes s’est réduit de plus de 70 % sur la période. Certaines inégalités ont malgré tout la vie dure : quel que soit leur niveau de diplôme, le taux d’activité des femmes diminue avec le nombre d’enfants à charge. En 2018, le taux d’activité des hommes est encore de 8 points plus élevé que celui des femmes parmi les 25-64 ans. Cet écart est par ailleurs deux fois plus élevé chez les « peu diplômées » que chez les diplômées du supérieur.

Autre résultat original : si l’écart de taux d’activité entre les femmes diplômées du supérieur et les autres a légèrement baissé depuis trente-cinq ans, Jean Flamand observe que c’est le résultat de deux tendances contradictoires : une réduction de cet écart en seconde partie de carrière, mais une augmentation avant (sur la tranche d’âge 25-39 ans).

Du côté des hommes, si le taux d’activité des diplômés du supérieur est resté stable depuis les années 1980, celui des peu diplômés accuse en revanche une baisse de 6 points. L’écart de taux d’activité entre eux atteint même un maximum de 13 points aujourd'hui, contre 7 en 1983. Une tendance qui n’est pas spécifique à la France et qui s’explique notamment par l’automatisation des chaînes de production et l’effondrement de l’emploi industriel.

Depuis 1983, l’évolution de la participation au marché du travail en France est donc marquée par une réduction des inégalités femmes/hommes d’une part, et par un creusement des inégalités entre les hommes diplômés du supérieur et « les peu diplômés » d’autre part. 

Les comportements d’activité : variable déterminante

De manière générale, la participation au marché du travail est maximale aux âges médians (30-49 ans) et systématiquement plus élevée chez les diplômés du supérieur. Or la population d’âge actif a vieilli : les 50-64 ans en représentent désormais un tiers. Et l’accès aux études supérieures s’est démocratisé : plus d’une personne sur trois est aujourd'hui diplômée du supérieur contre une sur dix en 1983. Quels effets ont produit ces évolutions sociodémographiques sur le taux d’activité ?

Pour répondre à cette question, Jean Flamand a analysé la variation du taux d’activité sur les trente-cinq dernières années, en distinguant ce qui relève des « effets de structure » de ce qui relève des « comportements d’activité ». Les effets de structure (« effet diplôme » et « effet âge ») mesurent l’influence sur le taux d’activité des évolutions de la population active en termes de niveau de diplôme et d’âge. Une fois ces effets de structure « neutralisés » (statistiquement), on peut mesurer l’influence des « comportements d’activité », c’est-à-dire l’effet, à diplôme et âge donnés, des seules décisions de participer (ou non) au marché du travail.

Bilan : en trente-cinq ans, le taux d’activité des 25-64 ans a augmenté de 7,2 points, pour atteindre 80,1 % en 2018. La quasi-totalité de cette progression (6,9 points) résulte des « comportements d’activité ». « L’effet diplôme » (+2,3 points) est, quant à lui, compensé par « l’effet âge » (-2,1 points). Autrement dit : l’élévation du niveau d’éducation a contrebalancé l’effet négatif du vieillissement démographique sur le taux d’activité.

Quelles perspectives à 2030 ?

Selon les projections de l’Insee qui prolongent les tendances récentes, le taux d’activité des 25-64 ans augmenterait de 0,2 % par an pour s’établir à 82,1 % en 2030. Cette augmentation serait essentiellement tirée par une plus grande présence des seniors sur le marché du travail, du fait des réformes des retraites déjà engagées.

Les inégalités d’accès au marché du travail resteraient par ailleurs marquées : les hommes, et les diplômés du supérieur (16 % plus nombreux qu’en 2018), seraient toujours plus actifs en 2030 que les femmes et « les peu diplômés ». Cette persistance d’un écart important de taux d’activité entre les femmes et les hommes pose question. La disponibilité d’une main-d’œuvre qualifiée constitue en effet un des déterminants à long terme de la croissance. Or les femmes sont davantage diplômées que les hommes et la distance devrait encore se creuser. À horizon 2030, 54 % des femmes actives seraient diplômées du supérieur contre 43 % des hommes. Augmenter la participation au marché du travail passe donc notamment par plus d’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes.

Les opinions exprimées dans cette note engagent leurs auteurs
et n'ont pas vocation à refléter la position du gouvernement

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Jean Flamand
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