Publié le mercredi 10 février 2016
Lutte contre la pauvreté : coût social ou investissement ?
Lutte contre la pauvreté : coût social ou investissement ?
jeudi 09 juin 2016
Troisième séance du cycle de séminaires conduit en partenariat par la Caisse nationale des allocations familiales (CNAF), la Direction générale de la Cohésion sociale (DGCS), France Stratégie, le Laboratoire interdisciplinaire d'évaluation des politiques publiques (LIEPP Sciences-Po) et la Fondation Apprentis d’Auteuil.

Présentation

Cette séance a pour vocation de prolonger les réflexions de la séance inaugurale à France Stratégie le 26 janvier. En matière de pauvreté, l'intérêt de la définition et de la mise en œuvre d'une stratégie d'investissement sociale en France tient à trois éléments spécifiques. Le premier est relatif aux effets sociaux des transformations économiques, sociales et institutionnelles connues par les sociétés développées depuis trois décennies. Le second tient à la nécessaire correction de la stratégie d'activation de la protection sociale conduite, sous des modalités diverses dans de nombreux pays. Le dernier est la redéfinition de la lutte contre la pauvreté dans un contexte marqué par l'arrêt de la baisse de celle-ci depuis dix ans, la concentration du chômage et de la dépendance aux minima sociaux dans les environnements urbains les plus défavorisés, les limites très fortes de la stratégie de mise au travail initiée avec le Revenu de Solidarité Active.

  • Le premier point tient aux transformations de la pauvreté. Depuis quatre décennies, la pauvreté touche, de manière croissante, des jeunes, des familles monoparentales et des personnes d'âge actif. Ceux-ci sont exposés à un fort risque de transmission intergénérationnelle : grandir dans un ménage pauvre renforce la probabilité d'être pauvre. L'augmentation des inégalités primaires ; les transformations du marché du travail dans un sens défavorable aux moins qualifiés ; la fragilisation de la sphère familiale, contrepoint de l'évolution positive de l'émancipation (partielle) des femmes ; les discriminations ethno-raciales et relatives à l'âge pénalisent des catégories précises de la population : minorités visibles, musulmans.
  • Le deuxième enjeu tient aux limites des politiques d'activation de la protection sociale. Dans un contexte marqué par des politiques inspirées par les doctrines néolibérales, faisant du chômage l'effet d'un choix opéré par des individus en situation d'arbitrage entre emploi et revenu de substitution, les stratégies d'activation visent à introduire un lien explicite entre emploi et protection sociale. Dans de nombreux contextes, ces politiques se sont traduites par une responsabilisation des pauvres et une diminution, parfois drastique, de leurs droits sociaux. La perspective de l'investissement social propose une correction vis-à-vis de ces stratégies. Elle vise à la diffusion des qualifications pour lutter contre les effets de polarisation liés aux évolutions socio-économiques (et technologiques) à l'œuvre. Elle repose sur le constat que  la responsabilité des individus doit être articulée  avec l'accès à une sécurité économique garantie. L'investissement cherche à éviter le ciblage sur les pauvres qui, paradoxalement, les dessert en même temps que l'idéal égalitaire.
  • Le troisième enjeu tient à la situation spécifique de la France vis-à-vis de ces stratégies. En termes de comparaison internationale, la France obtient de bons résultats en matière de lutte contre la pauvreté monétaire. Cependant, ce constat positif est relativisé par la faiblesse de l'accompagnement des personnes les plus en difficulté ; leur quasi-exclusion du système de formation professionnelle et la dégradation continue, jusqu'à une date récente, des niveaux des minima sociaux. Des tensions sont à l'œuvre, notamment dans l'équilibre des pouvoirs entre le niveau national et départemental ; ainsi que dans les fractures territoriales et les discriminations qui mettent en cause la cohésion sociale. Le Revenu de Solidarité Active n'a apporté qu'une correction, à la marge, d'un Revenu Minimum d'Insertion à son époque critiqué pour ne pas répondre aux enjeux de l'exclusion sociale, notamment ceux liés au chômage de longue durée.

Programme

8h30 : Accueil et café à l’auditorium du Musée de la Ville de Grenoble

9h : Ouverture 

Eric Piolle, Maire de Grenoble
Jean-Philippe Vinquant, directeur général de la cohésion sociale

Animation de la journée par Christophe Fourel (DGCS)

9h10 - 10h : Exposés introductifs :

  • Nicolas Duvoux, professeur de sociologie à l'Université Paris 8 - CRESPPA/LabToP. L'investissement contre la pauvreté : prolongement ou correction de l'activation de la protection sociale ?
  • Jean-Luc Outin, chercheur, DREES-MIRE : Qui sont les pauvres en France aujourd'hui ?

10h - 12h : Table ronde n°1. Les défis de la France face à l'investissement social

Le paradigme de l’investissement social est approprié de manière différenciée selon les pays et les institutions. En matière de pauvreté, la France dispose d'atouts mais aussi de faiblesses liées notamment aux limites de l'accompagnement des personnes en situation de pauvreté, dans les minima sociaux. La table-ronde aura vocation à faire ressortir les éléments de diagnostic par une mise en œuvre des problématiques sociales les plus importantes ; par un diagnostic sur les formes d'accompagnement telles qu'elles sont menées par les collectivités départementales notamment ; par la compréhension des enjeux liés aux fractures territoriales

  • Olivier Giraud, directeur LISE-CNAM : Les politiques d'insertion en France depuis 25 ans
  • Denis Clerc, Président FNARS Bourgogne : Les formes de la précarité et les limites de la prévention dans le système de protection sociale français
  • Anaïg Abjean, Directrice de la MRIE Rhône-Alpes : Géographie de la pauvreté

12h15 : L’apport de l’évaluation pour mieux cibler l’investissement social

  • Pierre Mazet, ODENORE Grenoble (à confirmer)
  • Simon Vanackère, inspecteur des Affaires sociales

13h15 - 14h30 : pause-déjeuner

14h30 - 16h : Table ronde n°2. Des initiatives locales

Animation : Pascal Noblet (DGCS)

Au-delà de la détermination des forces et faiblesses du système de protection sociale en matière de lutte contre la pauvreté, la journée aura pour vocation de présenter des initiatives visant à infléchir les caractéristiques les plus problématiques des politiques à l'œuvre aujourd'hui. Ainsi, des innovations locales seront présentées qui mettent l'accent sur la prévention du chômage de longue durée ; l'empowerment ou encore l'inconditionnalité de l'accueil

  • Alain Denoyelle, vice-président du CCAS de la Ville de Grenoble : "Village d'insertion ouvert"
  • Sophie Roche, Emmaüs Defi : expérimentation Convergence
  • Adrien Roux, Alliance citoyenne Grenoble : une expérience de "community organizing" à la française
  • Julien Talpin, sociologue : le « community organizing » en France et aux Etats-Unis

16h - 17h30 : Table ronde conclusive. Comment capitaliser sur ces initiatives ?

Synthèse et animation : Christophe Fourel (DGCS)

  • Djilali Benaboura, directeur missions sociales du Secours islamique
  • Florent Gueguen, directeur de la FNARS
  • Aude Muscatelli, DGCS, sous directrice de l’inclusion sociale, de l’insertion et de la lutte contre la pauvreté
  • Jérôme Vignon, président de l'ONPES
  • Christophe Sirugue, député (sous réserve)

17.30 : Conclusion 

Ségolène Neuville, secrétaire d’Etat chargée des personnes handicapées et de la lutte contre l’exclusion auprès de la ministre des affaires sociales, de la santé et des droits des femmes

Inscription sur invitation uniquement