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Rapport
Publié le
Jeudi 17 Septembre 2020
Dans le prolongement du dernier rapport du comité de suivi et d’évaluation du CICE en 2018, France Stratégie a souhaité poursuivre la démarche d’évaluation entamée en 2013, qui s’est traduite par la publication de six rapports du comité jusqu’en 2018 [1].
Évaluation du Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi

Télécharger l'Évaluation du Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi.
Synthèse des travaux d'approfondissement

France Stratégie a ainsi financé et piloté – avec un comité technique réunissant des administrations et des universitaires – la poursuite des travaux d’évaluation dans deux directions : un approfondissement de l’évaluation au niveau micro-économétrique (à partir des données individuelles d’entreprises) avec l’équipe TEPP et une évaluation macrosectorielle (à partir des données de la comptabilité nationale) avec l’OFCE[2].

Ces deux méthodes sont complémentaires. L’évaluation au niveau micro-économétrique, qui estime l’effet du CICE à partir des différences d’intensité d’exposition au dispositif entre entreprises, a l’avantage d’être la plus puissante d’un point de vue statistique, avec l’identification d’effets causaux. Elle présente cependant l’inconvénient d’être partielle : elle porte sur un échantillon « cylindré » d’entreprises, ignorant l’effet du CICE sur la démographie des entreprises et n’intègre pas les interactions entre entreprises. L’évaluation macrosectorielle, qui utilise les différences d’intensité d’exposition au CICE entre secteurs d’activité, est a contrario très fragile statistiquement, mais présente l’avantage d’intégrer l’ensemble des mécanismes économiques à l’œuvre.

Bien que s’apparentant à une baisse du coût du travail, le CICE avait des objectifs allant au-delà d’un effet direct sur l’emploi. Il avait pour objet, pour les entreprises concernées, « le financement de l’amélioration de leur compétitivité à travers notamment des efforts en matière d’investissement, de recherche, d’innovation, de formation, de recrutement, de prospection de nouveaux marchés, de transition écologique et énergétique et de reconstitution de leur fonds de roulement »[3]. Toutefois, l’emploi étant plus concret et plus facile à mesurer que la compétitivité, ce sont les résultats en termes d’emplois créés ou sauvegardés qui ont été retenus des évaluations du CICE.

L’évaluation micro-économétrique menée par TEPP porte ici sur les années 2013-2016 (contre 2013-2015 précédemment, les données 2017 n’étant pas disponibles au moment de la rédaction). Par rapport aux années précédentes, les sources de données utilisées ont été multipliées et les méthodes statistiques ont été croisées, ce qui renforce la solidité des résultats. L’apport principal réside dans la méthode retenue pour prendre en compte les groupes. Désormais, les entreprises appartenant à un même groupe sont consolidées dans les estimations, ce qui permet d’éviter des hypothèses arbitraires sur la répartition du CICE entre les entreprises d’un même groupe.

Les résultats restent conformes aux conclusions des années précédentes : un fort effet emploi est trouvé chez le quart des entreprises les plus bénéficiaires du CICE, qui ne représentent qu’un huitième des effectifs, mais rien de significatif chez les autres. L’effet total reste estimé à 100 000 emplois environ, ce qui est faible, rapporté au coût du CICE – de l’ordre de 18 milliards d’euros en 2016. Cet effet ne semble significatif que pour les entreprises indépendantes, suggérant que l’impact du CICE dans les groupes aurait pris d’autres formes (salaires notamment, avec un impact décelé sur la valeur ajoutée), mais ce résultat reste à confirmer. De même, un effet sur l’investissement demeure difficile à établir, celui-ci ne ressortant notamment pas lorsqu’on distingue groupes fiscaux et entreprises indépendantes.

De manière générale, le renforcement des tests de validité de la méthode utilisée et les différentes mesures d’emplois considérées complexifient l’obtention de résultats stables et univoques.

L’évaluation macrosectorielle se déroule en deux parties. D’abord, l’OFCE estime l’effet direct du CICE secteur par secteur, sans intégrer les effets de bouclage entre secteurs. Cette estimation consiste, pour chaque variable d’intérêt (emploi, salaires, etc.) à estimer la corrélation entre le résidu inexpliqué dans l’évolution de cette variable depuis 2013 et le poids du CICE dans la masse salariale, en utilisant les différents secteurs d’activité comme source d’hétérogénéité. Cette corrélation (qu’on appelle « élasticité ») ressort significative lorsqu’on se restreint aux secteurs des services (et pas dans l’industrie), plus forte sur la période 2013-2017 que sur la période 2013-2016. L’OFCE a choisi de privilégier cette dernière estimation, l’année 2017 étant potentiel­lement perturbée par d’autres mesures, dont l’annonce de la transformation du CICE en allègements de cotisations.

Un effet positif substantiel sur les salaires est également trouvé dans les services, si bien que l’essentiel du CICE se serait répercuté dans les emplois et les salaires. L’effet sur l’emploi est estimé à près de 200 000. C’est cette estimation qui est la plus proche de l’estimation micro-économétrique, à ceci près qu’elle intègre en plus les effets de bouclage ou propagation intra-sectoriels et l’effet sur la démographie des entreprises. Des effets sur les prix sont trouvés dans l’industrie (y compris sur les prix d’expor­tation), mais avec des coefficients trop élevés pour être réalistes. Sur l’investissement, les résultats ne mettent pas en évidence un effet du CICE.

Dans un deuxième temps, l’OFCE injecte les résultats obtenus dans les services sur l’emploi et les salaires dans un modèle macroéconomique, pour tenir compte des effets de bouclage intersectoriel, lesquels conduisent à doubler l’estimation des effets emploi, qui passent à 400 000. Cette estimation paraît élevée, supérieure aux estimations ex ante de la Direction générale du Trésor, alors même que les effets prix ont été mis conventionnellement à zéro dans l’industrie, et que dans les services, l’année 2017 a été exclue de l’estimation de l’élasticité de l’emploi (voir supra).

La prise en compte du financement de la mesure (par un mix d’impôts supplémentaires et de réduction de dépenses) conduit à un effet emploi qui resterait positif, de l’ordre de 160 000.

Ces estimations macroéconomiques ne sont pas à prendre au pied de la lettre, car elles s’accompagnent d’une grande incertitude statistique. Elles rappellent toutefois les limites des estimations micro-économétriques, pour une mesure de cette ampleur, dont le faible ciblage complexifie fortement l’identification des effets, qui en outre sont de nature différente selon les entreprises (emploi, salaires, investissement, etc.). Des investigations complémentaires sont souhaitables pour mieux comprendre les résultats présentés dans ce rapport et préparer l’évaluation de la transformation du CICE en allègement de cotisations votée dans la loi de finances 2018[4]. Ces études seront poursuivies dans le cadre du comité d’évaluation prévu par la loi Pacte[5].

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Synthèse des travaux d'approfondissement


[1] Voir le Rapport CICE 2013 ; le Rapport CICE 2014 ; le Rapport CICE 2015 ; le Rapport CICE 2016 ; le Rapport CICE 2017 et le Rapport CICE 2018, tous disponibles sur le site de France Stratégie.

[3] Article 66 de la loi de finances rectificative pour 2012 modifiant l’article 244 quater C.-I. du code général des impôts.

[4] À ce stade seules des évaluations ex ante sont disponibles, voir par exemple la note IPP n° 36 « Quels effets attendre de la transformation du CICE en réduction de cotisations employeurs ? », octobre 2018.

[5] La loi Pacte prévoit dans son article 221 que le comité a vocation à évaluer plus largement « les réformes visant au développement des entreprises adoptées par le Parlement, y compris celles relatives à leur niveau de charges sociales » et à apprécier « l’appropriation par les acteurs concernés et les éventuels effets indésirables des réformes ».

 

Les opinions exprimées dans ces documents engagent leurs auteurs
et n'ont pas vocation à refléter la position du gouvernement
.

Auteurs

Adam Baïz
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Adam
Baïz
Economie
Antoine Naboulet
Antoine
Naboulet
Travail, emploi, compétences
Guilhem Tabarly