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Note d'analyse
Document de travail
Publié le
Jeudi 06 Août 2020
Le développement de l’agroécologie est une alternative souhaitable à l’agriculture « conventionnelle » pour engager la transition de notre système alimentaire vers la durabilité. Mais est-elle rentable ? Oui, suivant cette étude qui passe au crible de la littérature scientifique et de la modélisation vingt-trois référentiels relevant de l’agroécologie. L’agriculture biologique apparaît en particulier comme la plus performante d’un point de vue économique et environnemental aujourd’hui.
Les performances économiques et environnementales de l’agroécologie

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les coûts et bénéfices de l'agroécologie

L’’agriculture française se trouve à la croisée des chemins. Bien que contribuant à notre sécurité alimentaire, le modèle agricole « conventionnel » porte atteinte à l’environnement sans assurer à tous les producteurs des revenus suffisants. L’agriculture représente 20 % des émissions de gaz à effet de serre en France, sans parler de son concours à l’érosion de la biodiversité comme à la pollution de l’eau et des sols. Et malgré les aides, un quart des agriculteurs vivent sous le seuil de pauvreté, selon l’Insee. Il est donc urgent de changer de modèle. L’agroécologie constitue en l’espèce une alternative durable, portée par les pouvoirs publics. Mais est-elle rentable ? Oui pour le référentiel agriculture biologique dans la majorité des cas, pas toujours pour les autres. C’est le résultat auquel parviennent Alice Gremillet et Julien Fosse après avoir évalué les performances environnementale et économique d’exploitations agroécologiques. Une évaluation basée sur l’analyse des données économiques issues de la littérature scientifique disponible, et d’une modélisation à l’échelle d’une exploitation céréalière type.

Agroécologie : de quoi parle-t-on ?

L’agroécologie s’appuie sur un principe fondamental : utiliser de manière optimale les ressources apportées par la nature pour développer une agriculture utilisant le minimum d’intrants de synthèse (engrais, pesticides ou antibiotiques) et accroître la résilience et l’autonomie des exploitations.

Concrètement, Alice Gremillet et Julien Fosse identifient vingt-trois cahiers des charges ou référentiels qui se revendiquent des grands principes de l’agroécologie, publics et privés, certains bénéficiant de soutiens financiers publics, d’autres non. Mais que recouvrent-ils vraiment ? Pour répondre à cette question, les auteurs ont calculé, pour chacun, « un score d’exigence environnementale », c’est-à-dire un indicateur tenant compte de la réduction d’utilisation d’engrais et de pesticides, et de l’importance des pratiques favorables à la préservation de la biodiversité, des sols et des ressources en eau.

Bilan : suivant ce score, deux grandes familles d’exploitations agroécologiques se distinguent. Dans la première, on trouve les exploitations à haut niveau d’exigences environnementales pour lesquelles l’ensemble du système de production a été repensé, suivant un cahier des charges bénéficiant d’une reconnaissance du consommateur grâce à des labels publics. C’est notamment le cas de l’agriculture biologique (AB). Certification européenne et nationale, l’AB est soutenue par des aides à la conversion de la PAC. Fin 2018, 7,5 % de la surface agricole utile française et environ 41 600 exploitations agricoles nationales (soit 9,5 % du total) étaient cultivées en bio. La permaculture et trois référentiels privés (Demeter, Nature et Progrès et Bio Cohérence) ajoutent des contraintes supplémentaires aux exigences de l’AB. La certification Haute Valeur environnementale (HVE) tombe aussi dans cette première famille et concerne 5 399 exploitations au 1er janvier 2020.

La seconde famille rassemble, elle, les exploitations dont le système de production, malgré des engagements supplémentaires, reste fondé sur les principes de l’agriculture conventionnelle. Appartiennent à cette famille : les exploitations engagées dans les mesures agroenvironnementales et climatiques système de la PAC (MAEC système) qui bénéficient d’aides, les 3 000 fermes économes en intrants du réseau DEPHY, et les chartes privées telles que Lu’Harmony ou AgriCO2 qui certifient respectivement 1 700 et 2 800 agriculteurs.

Transition vers l’agroécologie : rentable ou pas ?

Premier moyen utilisé par les auteurs pour évaluer la rentabilité (hors aides) des référentiels étudiés : l’analyse des données économiques publiées dans la littérature scientifique (INRA, Insee, CERFRANCE…). Bien que les indicateurs varient (marge brute ou directe, excédent brut d’exploitation…), de même que les échelles de temps et les filières (viticulture, maraîchage, céréales…), leur revue de littérature montre clairement que les exploitations agroécologiques, l’AB en particulier, sont en général plus rentables que les exploitations conventionnelles, alors que leurs exigences environnementales sont élevées.

Pourquoi ? Parce que les exploitations bio réalisent des économies sur les charges en intrants (engrais, produits phytosanitaires) et que les prix des produits bio sont plus élevés. À quoi s’ajoutent des prix moins volatils et une plus grande diversité de productions, assurant dans leur ensemble des rendements plus stables sur le temps long. Or ces bénéfices font plus que compenser les coûts induits par des rendements plus faibles et par les charges supplémentaires liées à la mécanisation du désherbage ou au recours à davantage de main-d’œuvre. Un exemple pour s’en convaincre : en 2016 l’excédent brut d’exploitation (EBE) des exploitations conventionnelles en viande bovine était de 3 euros par hectare contre 180 euros en bio. Plus généralement la littérature scientifique montre que le gain de marge directe en AB, quoique très variable selon les productions, est en moyenne de 103 %.

Pour généraliser ces résultats, Alice Gremillet et Julien Fosse ont ensuite modélisé (avec le logiciel GAMS) une exploitation en grandes cultures de 100 hectares, en fonctionnement conventionnel d’abord puis avec les contraintes supplémentaires de cinq cahiers des charges : AB, DEPHY économe et DEPHY très économe en intrants, HVE B et Lu’Harmony. Grâce à quoi ils ont pu estimer et comparer les marges directes globales de cette exploitation type, en conventionnel et sous référentiel. Une manière donc de simuler sa transition agroécologique pour en tester la rentabilité. Résultat : l’AB est le seul référentiel (parmi ceux testés) à apporter des bénéfices à moyen terme à l’exploitant, avec un gain de marge directe de l’ordre de 25 % au terme de la transition (hors aides de la PAC toujours). L’agriculture biologique apparaît donc comme la plus performante d’un point de vue économique et environnemental.

Comment mieux aider la transition agroécologique ?

Les aides de la politique agricole commune (PAC) assurent la rentabilité des exploitations européennes de manière générale. Certaines subventions spécifiques sont de plus dédiées aux référentiels agroécologiques. L’AB par exemple bénéficie d’aides à la conversion.

Hiatus : ces aides ne sont pas proportionnées au service environnemental rendu par les exploitations, ni même toujours au manque à gagner effectif lié à leur transition agroécologique. Pour le montrer, les auteurs de l’étude ont confronté le montant des aides attribuées aux exploitations à leur « score d’exigence environnementale »… et constaté leur décorrélation. En grandes cultures par exemple, les montants totaux d’aides à l’hectare sont plus importants pour les référentiels MAEC systèmes que pour le référentiel AB. Autrement dit : c’est la production moins exigeante du point de vue environnemental qui reçoit plus.

Mieux aider la transition écologique de notre agriculture passe donc par un réel ajustement des aides publiques versées aux efforts financiers consentis par les agriculteurs pour réduire leurs impacts sur l’environnement ou par un changement d’approche permettant de mieux rémunérer le service environnemental rendu. Une approche qui pourrait consister en un système de bonus-malus, le produit des malus sur l’usage de pesticides et d’engrais venant financer les bonus aux pratiques agroécologiques par exemple.

Concernant les référentiels étudiés, Alice Gremillet et Julien Fosse formulent trois propositions. Pour les référentiels « à haut score d’exigence environnementale », il apparaitrait nécessaire de renforcer leur reconnaissance par le consommateur pour permettre un consentement à payer rémunérant justement l’agriculteur ; c’est le cas des référentiels HVE. Pour les référentiels « à haut score d’exigence environnementale» qui présentent, eux, des bénéfices économiques pour les exploitants, il serait souhaitable de mieux tenir compte de la plus grande intensité en main d’œuvre, à l'origine de surcoûts, dans le paramétrage des dispositifs d'aides publiques qui leur sont attribués. Enfin, pour les référentiels « à faible score d’exigence environnementale » mais à coût faible ou nul, il s’agirait de diffuser et de généraliser les bonnes pratiques, notamment en termes de réduction d’usage de pesticides.

Ajuster les aides et mieux soutenir les référentiels à forte exigence environnementale sont des leviers nécessaires pour développer l’agroécologie. Mais ils ne seront pas suffisants. Pour assurer la transition de notre système alimentaire vers la durabilité, les pratiques des consommateurs doivent aussi évoluer, notamment vers un régime moins et mieux carné. C’est à cette double condition que le système agricole français pourra changer au profit d’un modèle plus soutenable permettant de nourrir la population, de faire vivre les producteurs dignement, de réduire notre dépendance aux intrants de synthèse et d’améliorer la protection des sols et la qualité de l’eau.

Les opinions exprimées dans ces documents engagent leurs auteurs
et n'ont pas vocation à refléter la position du gouvernement.

Auteurs

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Julien
Fosse
Développement durable et numérique
Alice Grémillet
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Alice
Grémillet
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