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Note d'analyse
Publié le
Jeudi 15 Mars 2018
L’école maternelle française serait-elle dépassée ? Encadrement insuffisant, focalisation sur les enseignements académiques, approche pédagogique trop rigide : analyse des difficultés et propositions pour changer la donne.
Un nouvel âge pour l’école maternelle ?

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Alors qu’elle a longtemps fait figure de modèle, pour ses voisins européens notamment, l’école maternelle française est-elle encore à la hauteur de sa réputation ? Avec un nombre d’enfants par classe sensiblement supérieur à la moyenne européenne, la France consacre également moins que ses voisins au préélémentaire. Un constat dont Daniel Agacinski et Catherine Collombet se sont saisis pour interroger le fonctionnement et les limites du modèle français de scolarisation des 3-5 ans et proposer, en regard, « des voies de progrès ».

Un modèle isolé

Que nous apprennent les comparaisons internationales de la spécificité de l’école maternelle française ? D’abord, constatent les auteurs, qu’elle tend à perdre son avance historique en termes d’« universalité » : certes 100 % des enfants de 4 ans sont « couverts » par l’enseignement préscolaire en France depuis plusieurs décennies, mais ses voisins européens l’ont maintenant « rattrapée » ou sont en passe de le faire, notamment depuis que l’Union européenne a fixé un objectif de taux de couverture de 90 % pour les 3-6 ans au sommet de Barcelone en 2002. Avec 7 800 dollars par élève en 2014, la France dépense, par ailleurs, moins que la moyenne de l’UE-22 pour le préélémentaire. À titre de comparaison, au Danemark c’est 14 000 dollars par élève !

Surtout, l’école maternelle française se singularise par sa focalisation sur la préparation du devenir scolaire des enfants et tend à calquer son fonctionnement sur celui de l’école élémentaire. Un mouvement de « primarisation » qui débute dans les années 1980 et fait de la France, notent les auteurs, « le pays le plus tourné vers les buts académiques » (avec la Belgique). Un modèle isolé donc.

Les limites de la maternelle à la française

Cette focalisation précoce sur les connaissances académiques est-elle le meilleur chemin vers la réussite scolaire ? Rien n’est moins sûr. Neurosciences et sciences du développement de l’enfant montrent que les performances des futurs élèves dépendent, au moins autant, d’autres apprentissages : des « fonctions exécutives » aux « aptitudes de vie » en passant par le développement émotionnel. Une confrontation trop précoce aux savoirs formalisés aurait même des effets contreproductifs.

Forts de ces constats, nos voisins européens – 10 des 18 pays étudiés par les auteurs pour être précis – forment ainsi des « pédagogues spécialistes de la petite enfance » quand le cursus « enseignant du premier degré » français est, lui, centré sur l’acquisition des premières compétences en littératie et numératie, sans adaptation suffisante aux spécificités de la maternelle, estiment Daniel Agacinski et Catherine Collombet. Quant aux personnels d’appui, ils sont moins formés qu’ailleurs : la France n’exige que le niveau CAP pour les Atsem (Agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles).

Autre handicap de la maternelle « à la française » au regard des comparaisons internationales : le taux d’encadrement. Avec 22 enfants pour 1 enseignant en 2014, la France est loin des pays nordiques – 6 pour 1 en Suède, 10 pour 1 au Danemark et en Finlande – mais aussi de la moyenne européenne (UE-22) qui s’établit à 13 pour 1. Or des classes surchargées induisent « une communication basée sur les routines et les restrictions » qui, déplorent les auteurs, a un effet négatif sur les résultats des enfants, jusqu’au collège, comme sur leur bien-être.

Vers « un système intégré » ?

Comment changer la donne ? Sans doute par étapes, suggèrent Daniel Agacinski et Catherine Collombet, en commençant par s’attaquer à la question de la taille des classes et de l’innovation pédagogique. En pratique, il s’agirait par exemple de faire passer la moitié des classes de maternelle en REP+ d’une moyenne de 23 élèves, observée aujourd’hui, à une moyenne de 15, et de mesurer les effets de ce renforcement de l’encadrement sur les parcours des enfants. Une augmentation parallèle des effectifs d’Atsem pourrait être envisagée sur la même base expérimentale.

Sauf à nier les résultats de la recherche, il s’agirait également de revoir la formation des enseignants d’école maternelle pour permettre le développement d’une expertise pédagogique en phase avec les besoins des 3-5 ans. « Une qualification spécifique […] comportant une formation poussée aux enjeux du développement de l’enfant », pour citer les auteurs.

Quant à l’étape suivante, elle consisterait à faire évoluer progressivement la maternelle française vers un système intégré. « Longtemps vu comme une spécificité des pays nordiques », observent les auteurs, le système « intégré » d’accueil des jeunes enfants jusqu’à la scolarité obligatoire s’est développé partout en Europe au point que c’est le système « dual » de la France qui apparaît aujourd’hui isolé. Dual parce qu’on trouve de part et d’autre de « la frontière des 3 ans » deux ministères distincts et des responsabilités éclatées. Les avantages d’une telle évolution seraient nombreux : un accès plus équitable à l’accueil collectif pour les moins de 3 ans avec un système de gouvernance rénové de l’accueil et de l’éducation du jeune enfant, une prise en compte de tous les apprentissages nécessaires à la future réussite scolaire des 3-5 ans et une baisse notable des inégalités de maîtrise du langage sur cette tranche d’âge, largement responsables du décrochage scolaire ensuite.

À la veille des Assises de la maternelle, auxquelles le ministre de l’Éducation nationale a confié la mission de « repenser l’école maternelle pour en faire l’école de l’épanouissement et du langage », l’analyse de Daniel Agacinski et Catherine Collombet offre un diagnostic comparatif sur les limites du modèle français mais aussi des voies de progrès utiles.

Céline Mareuge, journaliste web

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Les opinions exprimées dans cette note engagent leurs auteurs
et n'ont pas vocation à refléter la position du gouvernement

L’école maternelle française serait-elle dépassée ?

Un nouvel âge pour l’école maternelle ? - Infographie

 

Auteurs

Daniel Agacinski
Daniel
Agacinski
Société et politiques sociales
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Catherine
Collombet
Société et politiques sociales
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